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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 18:07

chretien-blanc-heteroPremière lettre de saint Pierre Apôtre 4, 13-16

Mes bien-aimés

13 puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d'être dans la joie et l'allégresse quand sa gloire se révélera.

14 Si l'on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, puisque l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu, repose sur vous.

15 Si l'on fait souffrir l'un de vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur.

16 Mais si c'est comme chrétien, qu'il n'ait pas de honte, et qu'il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien.

 

 


Commentaire de Marie Noëlle Thabut :

 

Bien souvent, dans les Ecritures, c'est la fin du texte qui en donne la clé. Je vous rappelle cette dernière phrase : «C'est pourquoi l'on chante : Réveille-toi ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera» La formule d'introduction «c'est pourquoi l'on chante...» prouve bien que l'auteur n'invente pas le chant, il le cite. C'était certainement un (sinon le) cantique très habituel pour les cérémonies de baptême. «Réveille-toi ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera» était donc un cantique de nos premiers frères chrétiens ; ce qui, évidemment, ne peut pas nous laisser indifférents.

 

Si Pierre emploie le mot « chrétien », c'est parce qu'il écrit cette lettre longtemps déjà après la Résurrection du Christ.

 

Au tout début de l'Eglise, nous le savons par les Actes des Apôtres, les premiers disciples du Christ ne portaient pas encore ce nom ; ils étaient appelés «Nazôréens», à cause de Nazareth, bien sûr ; à vrai dire, de la part des Juifs qui refusaient de reconnaître en Jésus de Nazareth le Messie attendu par Israël, ce titre de Nazôréens était plutôt péjoratif. Un peu plus tard, au moment où Barnabé et Saül de Tarse (le futur saint Paul) accomplissaient leur mission à Antioche de Syrie, ce sont probablement des païens non convertis à l'Eglise chrétienne qui donnèrent aux disciples de Jésus le nom de Chrétiens, qui veut dire «du Christ, appartenant au Christ» (Ac 11,26).

 

Ce nouveau titre de Chrétien n'était pas non plus honorifique ! Les païens non convertis voyaient d'un mauvais œil le changement de vie radical qui s'opérait dans la communauté des baptisés. Voici ce que nous pouvons lire un peu plus tôt dans la lettre de Pierre : «Les païens trouvent étrange que vous ne couriez plus avec eux vers la même débauche effrénée et ils vous outragent.» (1 P 4,4) ; «Ils vous calomnient comme malfaiteurs.» (2,12).

 

Nous comprenons mieux, du coup, de quelles souffrances Pierre parle ici : «Si l'on fait souffrir l'un de vous... si c'est comme chrétien, qu'il n'ait pas de honte»... «Vous communiez aux souffrances du Christ ». Il entend par là la souffrance de l'incompréhension, de l'isolement, de la calomnie dont Jésus a été victime parce qu'il se démarquait de la classe dominante. Parce qu'il continuait à annoncer son message sans se laisser arrêter par quiconque... C'est cette fidélité qui lui a coûté la vie... A leur tour, les premiers chrétiens sont affrontés à la même hostilité ; alors il s'emploie à leur donner le courage de tenir bon en attendant des jours meilleurs, le jour où la gloire du Christ se révélera, comme il dit ; c'est-à-dire le jour où la vérité éclatera, le jour où Jésus viendra inaugurer son règne parmi les hommes.

 

Pierre va même plus loin : non seulement, il ne faut pas avoir honte, mais au contraire, le titre de chrétiens est à ses yeux, la plus haute dignité : « Réjouissez-vous », leur dit-il et rendez gloire à Dieu, à cause de ce nom de chrétien. Il est vrai que si le mot « chrétien » signifie « appartenant au Christ », alors, oui, c'est bien notre plus beau titre de fierté ! Bien au-delà de la fierté que nous tirons de notre naissance, de nos titres, de notre culture, de nos diplômes, de notre palmarès sportif, de notre beauté, de notre argent, de nos décorations...

 

Cette formule «Puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous...» ressemble de très près à l'une des béatitudes annoncées par Jésus : «Heureux êtes-vous lorsque l'on vous insulte, que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux» (Mt 5,11). Jésus, en disant cela, faisait son propre portrait. Désormais, Pierre applique ce portrait à ceux qui, à leur tour, portent le nom du Christ. Il emploie même le mot « communier» : «vous communiez aux souffrances du Christ» : ce qui veut dire : «réjouissez-vous, vous êtes intimement unis au Christ dans ces souffrances que vous subissez pour rester fidèles à son nom et à sa mission. Et parce que vous êtes unis à ses souffrances, vous serez également unis à sa gloire, le jour où la vérité éclatera.»

 

Il faut certainement rester très ferme sur un point : la souffrance n'est pas un but en soi ; le but, c'est le jour où sa gloire se révélera. Si la souffrance était un but en soi, Jésus n'aurait pas consacré sa vie publique à soulager, guérir, pardonner, relever, redonner courage, accueillir les exclus de toute sorte, et même ressusciter Lazare ou le fils d'une veuve... Si la souffrance était un but en soi, les prophètes n'auraient pas non plus annoncé maintes et maintes fois le jour de Dieu comme celui de toutes les guérisons et de toutes les libérations. Le but, ce n'est pas la souffrance, c'est d'être uni au Christ et à Dieu dans l'Esprit d'amour, quelles que soient les circonstances, heureuses ou malheureuses de notre vie.

 

Et Pierre indique un chemin pour aborder la circonstance très particulière qu'est la persécution pour le nom du Christ : ce chemin, c'est sa formule «Puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous...» que j'ai rapprochée des Béatitudes.

 

Une Béatitude, c'est à la fois une félicitation, une annonce et un encouragement ;

La félicitation, c'est quelque chose comme : «bravo... si on vous traite ainsi, c'est que vous ressemblez au Christ. Et donc, que vous êtes dignes de porter le nom de chrétiens ».

L'annonce, c'est «un jour viendra où le Christ sera reconnu par tous, et vous avec. Ce jour-là, on reconnaîtra que vous ne vous êtes pas trompés», et que le Christ non plus ne vous a pas trompés.

L'encouragement, c'est la suite logique de ce qui précède ; c'est «courage, tenez bon, vous avez choisi la bonne voie» ; et, d'ailleurs, si vous allez consulter la Bible de Chouraqui, vous verrez qu'il traduit « Bienheureux » par «en marche».

 


Pierre parle ici en connaissance de cause : s'il a commencé par renier son maître, c'est parce qu'il craignait d'être associé à ses souffrances ; mais après la Pentecôte, plus rien n'a pu l'arrêter dans sa tâche de prédicateur ; aux autorités qui lui interdisaient de parler de Jésus, il répondait simplement «Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu» (Actes 4, 20). Et quand les menaces se sont concrétisées, le livre des Actes raconte qu'après avoir été battus de verges, «les apôtres quittèrent le Sanhédrin, tout heureux d'avoir été trouvés dignes de subir des outrages pour le Nom» (Actes 5,41).

 

Mais cela, Pierre n'a pu le faire qu'après la Pentecôte : il faut être rempli de l'Esprit de Jésus pour avoir le courage d'affronter la persécution en son nom et pour connaître cette joie mystérieuse d'être en communion avec lui, jusque dans la souffrance, cette joie que nul ne pourra nous ravir !

 

Pas étonnant que l'Eglise nous fasse entendre ce texte de Pierre en ce temps de redécouverte du rôle de l'Esprit Saint dans la vie de nos communautés.

 

 

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Aux yeux de l'Eglise, l'"option préférentielle pour les pauvres" n'est pas un simple slogan.
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Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
p. 216