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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 09:39

Cet extrait du livre de Xavier Thévenot peut permettre de mieux comprendre et de mieux articuler l'enseignement de l'Eglise avec ce que chacun vis au quotidien. Cela pourra peut-être éviter des incompréhensions, des insultes et des autodafés.

 

 

La morale et ses trois dimensions

Xavier Thévenot, repères Ethiques pour un monde nouveau

pp. 12-17

 

La dimension universelle

La dimension particulière

La dimension singulière

 

Commençons par un constat qui déplaît parfois : nul ne peut se passer de morale, c'est-à-dire d'un champ de valeurs, dit ou non dit, auquel se référer pour construire sa vie. Toute personne, tout groupe, toute société met en œuvre un certain nombre de règles, d'idéaux, d'interdits, qui lui permettent de se structurer et de s'acheminer peu à peu vers ce qui lui paraît être l'état le plus souhaitable. Cet ensemble éthique est quelquefois très élaboré et fortement explicité. C'est le cas, je pense, de la morale chrétienne. Mais, d'autres fois, le système est purement implicite. Ce n'est pas pour autant qu'il exerce moins sa pression. Je dirais même que plus un système de références est non dit, plus il a des chances d'être prégnant, parce qu'on a moins de possibilité de recul critique par rapport à lui. Ainsi, dans le domaine qui nous préoccupe, chacun d'entre nous a une certaine idée de ce que devrait être un couple réussi, une sexualité épanouie, une relation affective satisfaisante. Chacun d'entre nous ressent en lui des exigences auxquelles il pense devoir se soumettre pour se réaliser. Et c'est tant mieux, car rien n'est plus déstructurant pour un individu ou un groupe que d'être jeté sans boussole, sans point de repère, dans un désert normatif, je veux dire dans un lieu où tout est indifférencié, où tout est supposé se valoir. Se repérer à des nomes, même si c'est pour s'y opposer ou les transgresser, est structurant. S'opposer, c'est déjà se situer !

 

Une morale est donc le passage obligé de toute existence. Mais la morale elle-même n'est pas et ne doit pas être un objet massif et indifférencié à "avaler tout rond". Au sein même de la morale, il y a des différences. C'est le fait de ne pas prendre en considération ces différences, de ne pas savoir articuler les différentes dimensions de la morale, qui conduit à des impasses et fait finalement rejeter en bloc la réflexion morale. Expliquons-nous plus clairement en commençait par dire ce que se propose la morale et notamment la morale chrétienne.

 

La morale se propose, je crois, de réfléchir sur les conditions et sur les chemins qui permettent à tout homme pris dans sa réalité, de devenir, avec les autres, pleinement homme. La visée dernière de la morale, c'est donc le bonheur de la personne, c'est le développement le plus harmonieux possible de tout l'homme et de tous les hommes. Se moraliser, c'est finalement et en principe chercher à réaliser, autant qu'il est possible, toutes ses dimensions de personne vivante en société. La morale chrétienne, quant à elle, a exactement la même visée que la morale non chrétienne, à savoir le bonheur. Mais le moraliste chrétien a cette certitude que la quête du bonheur est favorisée par la reconnaissance de Dieu, du Dieu de Jésus-Christ. Bien plus, le chrétien sait que le bonheur de l'homme, la vraie vie de l'homme, se réalise dans le lien mutuel d'amour entre lui et Dieu, son Créateur et son Sauveur. On le voit quand un moraliste prescrit, interdit, présente des valeurs, ce qu'il recherche, s'il n'est pas pervers, c'est que chaque personne puisse trouver balisé le chemin de son épanouissement ou de ce qu'il pense être son épanouissement. Cela nous conduit immédiatement à distinguer les trois dimensions de la morale de que j'annonçais plus haut.

 

 

La dimension universelle

 

Suivant cette dimension, la morale s'efforce, en tenant compte des invariants qui existent en tout homme, de dégager des préceptes premiers qui exerceront leur pression continuelle sur l'agir concret. Par exemple : Respecte l'autre, aime ton prochain comme toi-même. En Christ il n'y a plus ni homme ni femme…

 

On le devine, ces préceptes sont valables universellement pour toute société de tout temps et de tout lieu. Il faut donc s'attendre à ce qu'ils ne changent pas. Ils sont au-dessus du temps. Ainsi, on peut penser que le commandement de l'amour restera toujours pour la morale chrétienne le premier précepte. Mais en même temps, ces préceptes premiers, à la limite, sont vides, sans contenu. "Aimer" ne me dit rien sur la façon de construite cet amour dans la société et dans le couple. Par exemple, aimer est-ce ne jamais divorcer ou, au contraire, divorcer en cas d'échec du couple ? Est-ce se refuser à des relations préconjugales ou vivre un mariage à l'essai ? Cette dimension universelle de la morale est donc nécessaire mais insuffisante. Nécessaire, elle l'est comme toute "utopie" mobilisatrice. Convoqué à aimer, je suis provoqué à chercher sans cesse à purifier ma vie de ses centrations excessives sur elle-même. Mon imagination est stimulée pour inventer toujours plus ma façon d'aimer. Mais insuffisante, la dimension universelle l'est dans la mesure où elle peut enfermer les personnes dans un faux prophétisme qui s'imager changer les choses parce qu'on a changé les idées ou la hiérarchie des valeurs. Il ne suffit pas de proclamer à voix haute l'égalité des personnes pour que celle-ci se fasse. Il ne suffit pas d'être le défenseur en paroles du respect de la vie pour que celle-ci soit obtenue. C'est pourquoi la morale doit toujours être munie d'une deuxième dimension.

 

 

La dimension particulière

 

Sous cet aspect, la morale va s'efforcer de rechercher non plus l'idéal utopique de l'humanité mais ce qui, dans telle société donnée, permet habituellement de construire la paix, l'amour, l'épanouissement… Autrement dit, la morale particulière cherche à donner chair aux préceptes premiers de l'amour en construisant des normes concrètes. Voici, dit par exemple le moraliste, ce qu'il est bon habituellement de faire si tu veux t'épanouir en couple ou en société : ne divorce pas, parle dans ton couple… Trois constats s'imposent alors :

 

  • le premier est que ce sont les hommes qui élaborent les normes concrètes. Elles ne tombent pas du ciel, même si elles concernent le ciel. Ces normes s'élaborent peu à peu au contact des leçons de l'expérience dans telle conjoncture socio-culturelle précise. Elles viennent comme le fruit d'une expérimentation faite en lien continuel avec les convictions de fond dont nous avons parlé tout à l'heure. Donc, les lois éthiques, y compris celles de l'Eglise, n'ont généralement été formulées qu'après coup, lorsque tel comportement institué était perçu comme conforme aux valeurs visées et pour nous autres chrétiens aux exigences évangéliques.

 

  • Le deuxième constat est que, sous cet aspect particulier, la morale n'est ni éternelle ni universelle. Plus elle touche le particulier, plus la morale est soumise au choc du temps et des cultures, plus elle peut être frappée de caducité. Des exemples nombreux nous le prouvent. Ne citons que celui-ci : au Moyen Age, les théologiens considéraient comme péché mortel le fait pour un homme d'avoir une relation sexuelle avec son épouse quand celle-ci était enceinte. Cela nous conduit au troisième constat illustré justement par cet exemple.

 

  • L'élaboration des normes est soumise à un certain aléa parce que cette élaboration se fait par des personnes ou des groupes soumis à des idéologies, à des erreurs scientifiques, à des pressions intérieures et extérieures. Une norme a toujours besoin de montrer son efficacité pour pouvoir se maintenir.

 

 

La dimension singulière

 

Reste enfin une troisième dimension de la morale : la dimension singulière. Par singulier, je désigne ce que chaque réalité et notamment chaque personne a d'unique au monde. Il est évident que, sous peine d'irréalisme, la morale doit prendre en compte l'unicité de chaque personne, de chaque situation humaine. La morale recherche alors ce qui s'avère effectivement possible dans telle situation concrète donnée. Par exemple, un des conjoints d'un couple hétérosexuel se découvre homosexuel que va-t-il devoir faire pour construire sa vie affective en respectant celle de sa femme ?

 

Il s'avère qu'au plan singulier, la morale est sans cesse en train de gérer des conflits. Conflit entre des normes qui ne peuvent être toutes observées en même temps. Aussi, suivant cette dimension, le moraliste est-il obligé de "se salir les mains" sous peine de n'avoir pas de mains. La morale, dans sa dimension singulière, est le lieu d'inévitables et difficiles compromis, à la limite de la compromission. Notamment, elle est obligée de tenir compte du facteur temps. Le "tout, tout de suite" est profondément immoral. Le vrai moraliste sait donc que l'approche d'un idéal suppose des passages parfois longs par l'erreur et la transgression. Les errances font partie de la construction de la personne, même si elles présentent en même temps des côtés aliénants. C'est pourquoi la qualité principale d'un moraliste est la patience qui sait tolérer l'imperfection des conduites pour mieux les parfaire.

 

 

Voilà donc les trois dimensions de la morale qu'il faut toujours bien articuler ensemble si l'on veut se construire.

 

S'enfermer dans la dimension universelle, c'est se condamner à un prophétisme imaginaire et inefficace qui provoque inévitablement un jour la désespérance.

Se contenter de la dimension particulière, c'est s'emprisonner dans un légalisme desséchant et aliénant ; or, l'homme est vie et non pas loi.

Se réfugier dans le singulier, c'est être myope, c'est ne pas prendre au sérieux la dimension collective de toute conduite, c'est finalement se vouer à la vaine solitude et à la violence parce que c'est nier le semblable.

 

Ainsi il est vrai et faux à la fois de dire que la morale change et ne change pas. Tout dépend en fait de la dimension de la morale que l'on vise en parlant de changement.

 

 

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Published by Jean-Pierre - dans Ethique - morale
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commentaires

pascal-jacob 17/12/2009 10:11


Au moins nous sommes d'accord sur ce point. Mais cela suppose de bien distinguer les deux ordres, celui de la conscience et celui de la prudence.
La conscience ne peut considérer l'exigence morale comme un idéal (c'est ce concept qui fausse tout ici), et juger que dans la situation concrète cette exigence est irréaliste, comme si la morale
changeait selon le "niveau d'universalité" considéré (c'est ce que fait Thévenot dans ce texte, en pire : pour lui les normes universelles sont vides, les normes particulières sont conventionnelles
et les normes singulières se réduisent à justifier la transgression).
La prudence, elle, est réglée par la loi de gradualité, mais ne se substitue pas au jugement de conscience.

Cordialement,

P. Jacob


Jean-Pierre 17/12/2009 10:20


Ce que vous dites de l'enseignement de Xavier Thévenot est faux. J'ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois (au cours de plusieurs temps de formations). Je lui avait objecté votre argument :
alors, on fait ce que l'on veut du moment que l'on a une morale fermée à tout apport extérieur. Au contraire, pour lui, les normes universelles sont vers quoi on doit tendre... les normes
singulières ne servent pas à justifier la transgression, bien au contraire, elles permettent, à la lumière des normes universelles et particulières, de dépasser son propre point de vue et
de tendre vers l'universelle... Si ce chemin ne se fait pas alors c'est que la personne s'arrête à ses propres jugement et refuse de voir plus loin. Elle n'est plus en cheminement...


pascal Jacob 17/12/2009 09:54


Ici je ne me situe pas au plan de la prudence pastorale, pour laquelle vous évoquez sans la nommer la loi de gradualité :

"« Il n'est pas question ici de considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais bien comme un commandement du Christ afin de surmonter sérieusement les obstacles.
»(Jean-Paul II, Discours de clôture du synode sur la famille, 25/10/80; DC 1796 p. 1053.

Repris dans Familiaris Consortio n°34. : Ils ne peuvent toutefois considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais ils doivent la regarder comme un commandement du Christ
Seigneur leur enjoignant de surmonter sérieusement les obstacles. «C'est pourquoi ce qu'on appelle la "loi de gradualité" ou voie graduelle ne peut s'identifier à la "gradualité de la loi», comme
s'il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses.)

Cordialement,

P. Jacob


Jean-Pierre 17/12/2009 10:10


Je suis tout à fait d'accord avec Jean-Paul II. C'est bien dans ce sens que j'expose le cheminement : surmonter sérieusement les obstacles. Et pour cela, faisons attention de ne pas présenter le
discours de l'Eglise comme un obstacles suplémentaires et qui plus est serait perçu comme infranchissable.

C'est vrai qu'ici je ne me situe pas dans un cours de morale ou de théologie. Mon souci principal c'est comment annoncer la Bonne Nouvelle à un monde qui a tant besoin de l'amour de Dieu et qui en
est tellement éloigné.

Les personnes sont parfaitement capable d'entrendre le discours de l'Eglise avec toute la radicalité qu'il comporte à condition de partir de leurs situations et de cheminer avec elle.


Pascal Jacob 17/12/2009 09:46


Oui, et c'est là que ça commence à coincer :

« Ce serait une erreur très grave que d'en conclure que la règle enseignée par l'Église est en elle même seulement un « idéal » qui doit ensuite être adapté, proportionné, gradué, selon, dit-on,
les possibilités concrètes de l'homme : selon un « équilibrage des divers biens en question ». Mais quelles sont les « possibilités concrètes de l'homme » ? Et de quel homme parle-t-on ? De l'homme
dominé par la concupiscence ou bien de l'homme racheté par le Christ ? Car c'est de cela qu'il s'agit: de la réalité de la Rédemption par le Christ. »( Jean-Paul II, Allocution à un séminaire sur
la procréation responsable, 1er mars 1984, Osservatore Romano du 2/3/84)

C'est toujours cette erreur qui consiste à voir dans l'exigence morale un simple idéal que rejette Veritatis Splendor, au n° 37 :

Cependant, désirant maintenir la vie morale dans un contexte chrétien, certains théologiens moralistes ont introduit une nette distinction, contraire à la doctrine catholique 63, entre un ordre
éthique, qui n'aurait qu'une origine humaine et une valeur seulement terrestre, et un ordre du salut, pour lequel n'auraient d'importance que certaines intentions et certaines attitudes intérieures
envers Dieu et le prochain. En conséquence, on en est venu à nier l'existence, dans la Révélation divine, d'un contenu moral spécifique et déterminé, de validité universelle et permanente : la
Parole de Dieu se limiterait à proposer une exhortation, une parénèse générale, que la raison autonome aurait seule ensuite le devoir de préciser par des déterminations normatives véritablement «
objectives », c'est-à-dire appropriées à la situation historique concrète. Naturellement, une telle conception de l'autonomie entraîne aussi la négation de la compétence doctrinale spécifique de
l'Eglise et de son Magistère sur les normes morales précises concernant ce qu'on appelle le « bien humain » : elles n'appartiendraient pas au contenu propre de la Révélation et ne seraient pas en
elles-mêmes importantes pour le salut.

Au moins voulez vous évoquer la loi de gradualité.

cordialement,

Pascal Jacob


Jean-Pierre 17/12/2009 09:58


Oui, ça commence à coincer quand on impose la doctrine de l'Eglise tout en blanc sans tenir compte ni de la miséricorde ni du point de départ de la personne...

Non, ça ne coince pas quand on sait rappeler les chemins de la sainteté en partant de là où l'on est.
Non, ça ne coince pas quand on se met en route.
Sinon c'est un but qui parait trop lointain et inaténiable.

Pour ma part, je préfère cheminer avec les personnes en partant de leurs situations, de leurs rappeler ce que demande l'Eglise et de se mettre en route ensemble en vue d'arriver à la Splendeur
de Dieu...


pascal Jacob 16/12/2009 20:51


Une question : appliqué à la contraception, qu'est-ce que ça donne ?
Cordialement,
P. Jacob


Jean-Pierre 17/12/2009 06:21


A n'en pas douter une marche vers la sainteté.
Quand on part de la situation propre de la personne et que nous lui proposons une marche vers la sainteté (l'idéal présenté par l'Eglise) et que nous l'accompagnons dans sa marche, il n'y a aucun
doute que le discours de l'Eglise est reçu.

Mais je vous renvois aux livres du Père Thevenot qui en parle beaucoup mieux que moi.



Q.C.M.

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Un jeu de connaissances auquel les téléspectateurs de toutes générations peuvent participer. Trois candidats viennent chaque semaine tenter de se qualifier pour la finale du mois. Ecriture, Histoire de l'Eglise, saints et témoins de la foi...l'occasion en cette année de la foi de tester - et d'enrichir ! - ses connaissances, en s'amusant, sous la conduite souriante de Charlie Clarck.

 

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Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
p. 216