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  • : Jean-Pierre, diacre permanent vincentien, diocèse du Mans
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Noël

 

 

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Dimanche prochaine avec MN Thabut

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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 13:43
cmv  Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne
Vendredi 24 aout 2012 en l'église d'Etival, à 17h15
que chacun se sente invité par le Seigneur !       
 
  
EVANGILE - Jean 6, 60 - 69
Jeucharistieésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : «Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.»60 Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s'écrièrent : «Ce qu'il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l'écouter !»61 Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : «Cela vous heurte ? 62 Et quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ?...63 C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.64 Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas.» Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait.65 Il ajouta : «Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père.»66 A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui.67 Alors Jésus dit aux Douze : «Voulez-vous partir, vous aussi ?»68 Simon-Pierre lui répondit : «Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle.69 Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu.»
 
 
Enseignement de Marie Noelle Thabut :
 
Voilà la fin du discours sur le pain de vie ; l'heure de la décision a sonné ; comme les arrivants sur la Terre Promise, à la suite de Josué (notre première lecture) ont eu à choisir une bonne fois quel Dieu ils voulaient servir, les auditeurs de Jésus sont au pied du mur. Oui, ce qu'il dit est dur à entendre, faut-il refuser de l'écouter pour autant ? C'est toute la question.
 
Voilà le paradoxe de la foi : les paroles de Jésus sont humainement incompréhensibles et pourtant elles nous font vivre. Il nous faut suivre le chemin des apôtres : vivre de ces paroles, les laisser nous nourrir et nous pénétrer sans prétendre les expliquer. Il y a là déjà une grande leçon : ce n'est pas dans les livres qu'il faut chercher l'explication de l'Eucharistie. Mieux vaut y participer et laisser le Christ nous entraîner dans son mystère de vie.
 
On sent bien que, tout au long de l'évangile de Jean se repose cette grande question : croire ou ne pas croire. Si vraiment Jésus est l'envoyé du Père, c'est folie de ne pas accueillir avec émerveillement et reconnaissance le cadeau que Dieu nous fait. Voilà donc la question telle qu'elle se pose aux auditeurs de Jésus : «Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas.»
 
La réponse sera diverse évidemment ; certains de ses disciples cesseront de le suivre (v. 66) ; au nom des Douze, Pierre, au contraire, aura la réponse de la foi. Cela se passe à Capharnaüm et l'on se demande bien pourquoi Jean juge utile de le préciser à trois reprises (v. 17,24,59). Le mystère pascal proprement dit, qui se profile sous tout ce discours, s'est pourtant déroulé à Jérusalem. Mais c'est à Capharnaüm, en Galilée, qu'il a été annoncé. Car il s'agit bien d'une annonce de la Passion, ici : l'abandon des uns, le choix résolu des autres préfigure la croix. Jésus est rejeté, déjà, par le plus grand nombre : Douze, c'est tout ce qui reste de la grande foule (les cinq mille hommes) de la multiplication des pains.
 
A la différence des trois évangiles synoptiques, l'évangile de Jean ne rapporte ni la profession de foi de Pierre à Césarée, ni les annonces de la Passion ; on peut considérer qu'on en a ici l'équivalent : l'annonce de la Passion : «Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» La profession de foi de Pierre : «Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu.»
 
Jésus leur a posé la question «de confiance» : «Voulez-vous partir, vous aussi  » Curieux vocabulaire : les uns «s'en allèrent», Pierre dit «à qui pourrions-nous aller ?» Une fois de plus, la foi n'est pas un bagage, mais un chemin. Un chemin sur lequel il faut se laisser guider. «Personne ne peut venir à moi (Jésus) si cela ne lui est pas donné par le Père.» Bienheureux Pierre qui s'est contenté de recevoir le cadeau du Père. A relire tout le discours, on est surpris, d'ailleurs, de la fréquence du verbe «donner », ici et dans tout l'évangile de Jean. Le Père donne le Fils, le Fils donne sa vie ; il nous donne la vie par le partage de sa chair et de son sang. Ce que Jésus résume en parlant à la Samaritaine : «Si tu savais le don de Dieu !» (Jn 4).
 
Reste le dernier don, celui de l'Esprit. Car lui seul fera entrer les croyants dans le mystère : «la chair (c'est-à-dire l'homme réduit à ses seules forces) n'est capable de rien » L'annonce en est encore voilée ici ; «C'est l'esprit qui fait vivre.» Plus tard, dans le discours après la Cène, la veille de sa mort, Jésus en parlera beaucoup plus explicitement. Cela veut-il dire que l'heure de cette ultime révélation n'avait pas encore sonné à Capharnaüm ? L'annonce du don de l'Esprit devait-elle être d'abord faite à Jérusalem ? C'est à Jérusalem, effectivement, que Jésus dira le dernier soir : «Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi ; et à votre tour, vous me rendrez témoignage, pare que vous êtes avec moi depuis le commencement.» (Jn 15,26-27).
 
Pierre pressent tout cela lorsqu'il ose formuler la phrase décisive : «Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu.» Plus tard, il aura tout loisir de méditer l'extraordinaire discours de Jésus à Capharnaüm : mais il aura fallu auparavant vivre la Passion et la Résurrection du Christ : Le Fils de l'homme, vraiment homme, mortel, était bien l'envoyé de Dieu, «le Saint de Dieu». Désormais, il est «remonté là où il était auparavant» (v. 62) ; vivant de la vie même de Dieu, il la communique aux hommes : il est vraiment «le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement... Le pain qu'il donne, c'est sa chair, donnée pour que le monde ait la vie.» (v. 51). Car la volonté du Père, c'est la vie du monde : Jésus avait bien dit : «Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé. Or, la volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour.» (v. 38-39).
 
Désormais, «tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtient la vie éternelle» (v. 40) : telle est la volonté de Dieu. Pour qu'elle se réalise au plus vite, Jésus nous a appris à dire «Que ta volonté soit faite.»
 

  Enseignement de Saint Vincent de Paul (seuls des extraits seront lus à la CMV)

198. – CONFÉRENCE DU 21 FÉVRIER 1659

SUR LA RECHERCHE DU ROYAUME DE DIEU

(Règles Communes, chap. II, art. 2)

SV XII 131-150

 

Messieurs, puisque mon incommodité me permet de vous parler ce soir, nous continuerons de vous expliquer le second chapitre de nos règles. Le dernier entretien et le premier sur ledit chapitre ont été des maximes évangéliques en général, dont cette Compagnie doit faire une profession particulière, comme d’une divine doctrine, donnée principalement pour les âmes qui aspirent à la perfection, pour les âmes justes et choisies de Dieu pour être, dit Notre-Seigneur, des lumières sur la terre et avoir la possession du ciel. Nous vous en dîmes quelque chose vendredi dernier ; ce serait vous ennuyer de vous en parler davantage, si ce n’est pour vous faire ressouvenir, en passant, que c’est particulièrement à nous que ces maximes s’adressent, tant à cause que ce sont des moyens pour parvenir à la fin première que nous nous sommes proposée, qui est notre propre perfection, qu’à raison de la particulière obligation que nous avons, contractée de les pratiquer depuis que nous les avons faites nos propres règles.

 

Passons maintenant au second article, où la règle dit avec Jésus-Christ : «Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes les choses dont vous avez besoin vous seront données par-dessus.» (Mt 6,33) Notre-Seigneur nous ayant donc recommandé cela, nous devons nous y attacher ; il le veut ; il est la règle de la Mission ; c’est lui qui parle, et c’est à nous d’être attentifs à ses paroles et à nous donner à sa Majesté pour les mettre en pratique. Il est à propos de vous expliquer mot à mot celles que nous venons de vous rapporter, au moins les premières et principales.

 

Il est donc dit que l’on cherche le royaume de Dieu. Que l’on cherche, ce n’est qu’un mot, mais il me semble qu’il dit bien des choses ; il veut dire de nous mettre en sorte que d’aspirer toujours à ce qui nous est recommandé, de travailler incessamment pour le royaume de Dieu, et non pas demeurer en un état lâche et arrêté, faire attention à son intérieur pour le bien régler, mais non à l’extérieur pour s’y amuser. Cherchez, cherchez, cela dit soin, cela dit action. Cherchez Dieu en vous, car saint Augustin avoue que, pendant qu’il l’a cherché hors de lui, il ne l’a pas trouvé ; cherchez-le en votre âme, comme en sa demeure agréable ; c’est le fond où ses serviteurs qui tâchent de mettre toutes les vertus en pratique, les établissent. Il faut la vie intérieure, il faut tendre là ; si on y manque, on manque à tout ; et ceux qui déjà y ont manqué, doivent s’en confondre, en demander miséricorde à Dieu et s’en amender. S’il y a homme au monde qui ait besoin de cela, c’est ce misérable qui vous parlé ; je tombe, je retombe, je sors souvent hors de moi et j’y rentre rarement ; j’accumule fautes sur fautes ; c’est la misérable vie que je mène et le mauvais exemple que je donne.

 

Et se récolligeant, M. Vincent ajouta :

 

O pauvre homme ! tu as tant d’obligation d’être homme intérieur, et tu es en cet état de chutes et de rechutes ! Dieu me le pardonne !

 

Cherchons, Messieurs, à nous rendre intérieurs, à faire que Jésus-Christ règne en nous ; cherchons, ne demeurons pas en un état de langueur ou de dissipation, en un état séculier et profane, qui fait qu’on s’occupe des objets que les sens montrent, sans considérer le Créateur qui les a faits, sans faire oraison pour se dépêtrer des biens de la terre, et sans chercher le souverain bien. Cherchons donc, Messieurs ! et quoi ? Cherchons la gloire de Dieu, cherchons le règne de Jésus-Christ.

 

Après ce mot cherchez, suit premièrement, c’est-à-dire cherchez le royaume de Dieu devant toute autre chose. Mais, Monsieur, il y a tant de choses à faire, tant d’offices à la maison, tant d’emplois à la ville, aux champs ! travail partout ; faut-il donc laisser tout là pour ne penser qu’à Dieu ? Non, mais il faut sanctifier ces occupations en y cherchant Dieu, et les faire pour l’y trouver plutôt que pour les voir faites. Notre-Seigneur veut que devant tout nous cherchions sa gloire, son royaume, sa justice, et, pour cela, que nous fassions notre capital de la vie intérieure, de la foi, de la confiance, de l’amour, des exercices de religion, de l’oraison, de la confusion, des humiliations, des travaux et des peines, en la vue de Dieu, notre souverain Seigneur ! que nous lui présentions des oblations continuelles de service et de souhaits pour procurer des royaumes à sa bonté, des grâces à son Église et des vertus à la Compagnie. Si une fois nous sommes ainsi établis en la recherche de la gloire de Dieu, nous sommes assurés que le resté suivra.

 

Nous avons promesse de Notre-Seigneur qu’il fournira à tous nos besoins, sans nous en mettre en peine ; il se faut pourtant préparer aux affaires temporelles et y veiller autant que Dieu le désire, mais non pour faire notre principal de cela. Dieu attend ce soin de nous, et la Compagnie fera bien de le prendre ; mais, si elle prend le change à chercher les choses extérieures et périssables, négligeant les intérieures et divines, elle ne sera plus Mission ; ce sera un corps sans âme ; et ce lieu-ci sera, comme il a été autrefois, un sujet de douleur pour les gens de bien et d’aversion à Dieu. Voilà, Messieurs, comme nous devons tout premièrement et avant toute autre chose chercher le royaume de Dieu. Mais qu’est-ce que le royaume de Dieu ?

 

On donne à ce mot diverses explications : 1° Cela s’entend de l’empire de Dieu sur toutes les créatures, angéliques et humaines, animées et inanimées, sur les damnés et sur les démons, il est maître, seigneur et souverain de tout et de toutes choses. 2° Dans le gouvernement de son Église, composée d’élus et de réprouvés ; Dieu en est le roi ; il a donné des lois à cette Église ; il inspire à ceux qui la gouvernent la bonne conduite qu’ils tiennent ; il règne sur les conciles canoniques et les saintes assemblées qui se font pour le bon ordre de l’État chrétien, et pour cela le Saint-Esprit y préside. C’est lui qui a donné les lumières répandues par toute la terre, qui ont éclairé les saints, offusqué les méchants, dissipé les doutes, manifesté les vérités, découvert les erreurs et montré les voies par où l’Église en général et chaque fidèle en particulier purent marcher sûrement.

 

3° Il règne d’une manière spéciale sur les justes, qui l’honorent et le servent ; sur les bonnes âmes, qui se donnent à Dieu, qui ne respirent que Dieu ; sur les élus, qui le doivent glorifier éternellement. C’est sur telles personnes qu’il règne particulièrement, par les vertus qu’elles exercent et qu’elles ont reçues de lui. Il est le Dieu des vertus, et il n’y en a aucune qui ne vienne de lui. Elles procèdent toutes de cette source infinie, qui les envoie dans les âmes choisies, lesquelles étant toujours prêtes à les recevoir, sont toujours fidèles à les pratiquer. C’est ainsi qu’elles procurent le royaume de Dieu, et c’est en cette manière que Dieu règne en elles.

 

Ah ! Messieurs, sommes-nous en cet état ? Avons-nous ce bonheur que Dieu soit le maître chez nous, en sorte que ses vertus y fassent leurs opérations sans résistance ? Mes frères, demandons-nous à nous-mêmes : «Fais-je ce que ces âmes font ? Suis-je prompt aux attraits de Dieu, fidèle à ses volontés, exact à mes pratiques et toujours disposé à faire usage de ses volontés divines ? Si cela est, dites hardiment ce que disait Notre-Seigneur : «Comme mon Père vivant m’a envoyé, aussi je vis à cause de mon Père.» (Jn 6,58) Estimez que, le Dieu des vertus vous ayant choisis pour les pratiquer, vous vivez de par lui, et que son royaume est en vous. Mais, si cela n’est pas, que faut-il faire ? Nous donner à lui sans remise et sans réserve tout à cette heure, à ce qu’il ait agréable de nous disposer à cette vie des élus, qu’il éloigne de nous tant de propres volontés et de recherche de nos propres satisfactions qui empêchent que Dieu réside paisiblement et absolument en nous. A quoi tient-il que nous ne fassions présentement tous ensemble cet acte d’abandon à sa divine bonté ? Disons-lui donc : «O le roi de nos cœurs et de nos âmes, nous voici humblement prosternés à vos pieds, tout dédiés à votre obéissance et à votre amour ; nous nous consacrons de nouveau et entièrement et pour toujours à la gloire de Votre Majesté ; et nous vous supplions de toutes nos forces d’établir votre règne sur la Compagnie et de lui faire la grâce qu’elle vous réfère le gouvernement d’elle-même et que nul ne s’en écarte, pour être ainsi tous conduits selon les conduites de votre Fils et de vos sujets.»

 

Voilà, Messieurs, comment il faut entendre ces paroles : «Cherchez le royaume de Dieu» ; mais il est dit de plus : «Et sa justice» Remarquez qu’il ajoute justice. Je sais bien qu’il y en a qui ne mettent presque pas de différence entre chercher le royaume de Dieu et chercher sa justice, et partant qu’il ne serait pas besoin de m’arrêter davantage à l’explication de ces paroles, néanmoins, pource que d’autres distinguent et qu’il n’y a pas mot dans la Sainte Écriture dont on ne puisse tirer quelque fruit, s’il est bien expliqué et médité, il ne sera pas mal à propos de vous dire ici ce qu’on peut entendre par ces paroles : «Cherchez la justice de Dieu.» Et pour ce faire, il faut auparavant bien savoir quelle est cette justice de Dieu. Messieurs, vous avez étudié en théologie et je suis un ignorant, un écolier de quatrième ; vous savez qu’il y a deux sortes de justices, savoir la commutative et la distributive ; l’une et l’autre se trouvent en Dieu ; justus Dominus et justitias dilexit. (Ps 10,8) Elle se trouve aussi dans les hommes, mais elle a ce défaut, qu’elle est dépendante, au lieu que celle de Dieu est souveraine. Nos justices ne laissent pas pourtant d’avoir leurs propriétés, par lesquelles elles ont rapport et ressemblance à la divine, dont elles dépendent. Celle de Dieu est donc commutative et distributive tout ensemble.

 

1° Commutative, parce que Dieu tourne les travaux des hommes en vertus, et leurs mérites en récompense ; et comme il se fait une corruption des corps, l’âme prend possession de la gloire qu’ils ont méritée. Cette commutation de mérites récompenses se fait par mesure et par nombre ; ce que les théologiens appellent avec proportion arithmétique. Oui, Dieu proportionne les vertus à la peine qu’on prend pour l’acquérir et donne la gloire selon le nombre et la valeur des bonnes actions. Cela nous doit toucher, Messieurs ; Dieu nous récompensera par la justice et par comptes d’œuvres. Travaillons, mes frères, travaillons à la vertu, doublons le pas, cherchons l’honneur et le bon plaisir de notre bon souverain Sauveur ; faisons-nous intérieurs, augmentons le royaume de Dieu en nous. Il y a un passage de saint Paul aux Corinthiens : Opera illorum sequuntur illos ! (Ap 14,13) les bienfaits du juste l’accompagneront, et Dieu l’en récompensera, comme aussi il punira les méchants, à proportion de leurs iniquités, en la peine de l’enfer ; mais il le fera strictement et avec cette proportion d’arithmétique dont nous venons de parler. Diminuons nos misères de l’âme et faisons progrès en la vertu ; Dieu sera exact à nous récompenser des bonnes œuvres et à nous châtier des mauvaises. Cela est vrai, je l’ai lu encore depuis peu. Si donc Dieu en use de la sorte, Messieurs, ne faut-il pas regarder sa justice en cherchant sa gloire, et regarder sa gloire en cherchant sa justice ? Ne faut-il pas faire tout le bien que nous pourrons en cette vue, afin que nos œuvres soient dignes de cette commutation de la gloire et que la gloire réponde aux œuvres ? Il ne faut espérer que Dieu nous fasse une bonne mesure, et surabondante, si nous agissons écharsement (parcimonieusement) avec lui ; il faut beaucoup semer par de bonnes actions, pour recueillir beaucoup en récompense, et c’est ainsi que nous cherchons la justice de Dieu, en tant que commutative et propre à lui seul.

 

2° Elle est aussi distributive, en ce qu’elle garde une certaine proportion qu’on appelle géométrique, quand Dieu distribue le paradis aux bons, l’enfer aux méchants tels que je suis, qui ne me dois attendre qu’à un rigoureux châtiment. Le paradis est un assemblage de biens infinis que Dieu distribue aux âmes justes. Qu’est-ce que l’enfer ? Un lieu où abondent toutes sortes de maux qui ne finiront jamais, distribués à ceux qui sont prostitués au péché ; et cette justice s’appelle distributive. Pourquoi ?

 

Parce que le paradis est le loyer ou salaire dont il récompense ses serviteurs, et l’enfer est la peine dont il châtie les méchants. C’est le propre de Dieu de rendre à chacun selon ses œuvres. Messieurs, ne nous trompons point, nous serons châtiés ; craignons.

 

Je lisais, ces jours passés, ou bien on me rapportait qu’un religieux disait qu’il paraissait en son Ordre que Dieu y était craint ; la crainte y avait son dominant, non à l’égard de tous, car il en réservait quelques-uns qui ne pensent guère aux châtiments de Dieu et en qui la crainte ne trouve point de place ; ce sont des esprits à l’abandon, sans vue et sans souci des fins dernières. «Pour moi, disait-il, je fais l’oraison, je dis l’office et je fais tous mes exercices, mais avec crainte de les mal faire, ou du moins de ne les faire pas assez bien.»

 

Messieurs, rappelons-nous la manière dont nous nous acquittons des nôtres ; nous n’y trouverons que trop de sujet d’appréhender qu’au lieu d’en mériter récompense, Dieu nous trouve dignes de châtiment. Mais où va tout ce discours de justice commutative et distributive ? C’est pour nous faire entendre en un mot que, pour bien chercher et même trouver heureusement cette divine justice, il faut la considérer comme commutative et ensemble distributive, c’est-à-dire la regarder comme prête à nous récompenser abondamment, si nous tâchons de le mériter par la pratique des vertus convenables à notre état ! ce qui est, en quelque façon, imiter la justice divine.

 

Voilà, Messieurs, une longue explication de cette maxime ; néanmoins ce n’est pas tout ; il faut savoir que, par ces mots : «Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice», Notre-Seigneur ne demande pas de nous seulement que nous cherchions premièrement le royaume de Dieu et sa justice en la manière que nous venons de l’expliquer ; je veux dire qu’il ne suffit pas de faire en sorte que Dieu règne en nous, cherchant ainsi son royaume et sa justice, mais qu’il faut de plus que nous désirions et procurions que le royaume de Dieu soit porté et étendu partout, que Dieu règne en toutes les âmes, qu’il n’y ait qu’une vraie religion sur la terre et que le monde vive autrement qu’il ne vit, par la force de la vertu de Dieu et par les moyens établis en son Église, enfin que sa justice soit si bien recherchée et imitée de tous par une sainte vie, qu’il en soit parfaitement glorifié et dans le temps et dans l’éternité.

 

Voilà donc ce que nous avons à faire : souhaiter la propagation de la gloire de Dieu et travailler pour elle.

Je dis sa gloire, je dis son royaume, et je prends ainsi l’un pour l’autre, parce que c’est la même chose, La gloire de Dieu est en paradis ; et son royaume, dans les âmes. Ayons donc ce désir continuel, que le règne de Dieu s’étende ; et cette affection, d’y travailler de tout notre pouvoir, afin qu’ayant procuré le royaume de Dieu sur la terre, nous allions jouir de lui dans le ciel. Ayons cette lampe toujours allumée dans nos cœurs.

 

O Messieurs, que nous sommes heureux d’être en une Compagnie qui a pour fin non seulement de nous rendre dignes qu’il règne en nous, mais qu’il soit aimé et servi de tout le monde et que tout le monde soit sauvé ; Quand nous lirons la règle, nous trouverons qu’elle nous recommande premièrement de nous perfectionner, c’est-à-dire de faire régner Dieu en vous et en moi, et en second lieu de coopérer avec lui à l’extension de son royaume. Cela n’est-il pas grand ? C’est faire comme les anges établis de Dieu pour porter et rapporter ses volontés aux hommes, afin qu’ils agissent selon icelles. Y a-t-il sur la terre condition plus à souhaiter que la nôtre ?

 

Voilà, Messieurs, une grossière explication de ces paroles :

«Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice.» Venons aux motifs que nous avons de nous donner à Dieu pour cela. Le premier est que non seulement notre règle nous y oblige, mais Jésus-Christ nous l’ordonne ; c’est la première de ses maximes, c’est la principale de ses pratiques, que d’aspirer à ce que Dieu soit connu, servi, aimé, que son règne et sa justice soient recherchés devant toutes choses. Or, si Notre-Seigneur nous y exhorte et nous le commande, aussi donne-t-il grâce pour le faire à ceux qui la lui demandent, et l’augmente-t-il à ceux qui lui sont fidèles. A quoi tiendra-t-il, mes frères, que nous ne répondions à une chose si sainte, si avantageuse et si revenante à notre profession ? Voilà ma règle qui me dit que je dois faire en sorte que Dieu règne. Oh ! rien ne m’empêchera, avec l’aide de Dieu, de m’appliquer entièrement à un devoir si juste.

 

Le second motif pour cela est la promesse de Notre-Seigneur. Quelle est-elle ? Si nous faisons ses affaires, il fera les nôtres. Cherchons sa gloire, occupons-nous de cela et ne nous mettons en peine d’autre chose ; et haec omnia adjicientur vobis : et toutes ces autres choses dont vous aurez besoin vous seront données par-dessus. Ayons ce soin de chercher que Dieu règne en nous et en autrui par toutes les vertus ; et pour le reste des choses temporelles, laissons-lui-en le soin ; il le veut ainsi. Oui, il nous pourvoira de nourriture, d’habits, même de science. Malheur à nous, si nous n’en avons ; Malheur aux missionnaires qui n’étudient pour en avoir ; Mais il faut premièrement prétendre aux vertus, travailler à la vie intérieure, préférer les choses spirituelles aux temporelles, et alors le reste viendra.

 

Et à ce propos, ressouvenez-vous d’Abraham, à qui Dieu avait promis de peupler toute la terre par un fils qu’il avait. Et cependant Dieu lui commande de le lui sacrifier. Si Abraham fait mourir son fils, comment Dieu accomplira-t-il sa promesse ? Abraham néanmoins, qui avait accoutumé son esprit à faire les volontés de Dieu, se met en devoir d’exécuter cet ordre, sans se mettre en peine du reste. C’est à Dieu d’y penser, pouvait-il dire, si j’accomplis son commandement, il accomplira sa promesse ; mais comment ? Je n’en sais rien. C’est assez qu’il est tout-puissant. Je m’en vas lui offrir ce que j’ai de plus cher au monde, puisqu’il le veut. Mais c’est mon fils unique ; N’importe ! Mais, en ôtant la vie à cet enfant, j’ôterai le moyen à Dieu de tenir sa parole. C’est tout un ; Il le désire de la sorte, il le faut faire. Mais si je le conserve, ma lignée sera bénie ; Dieu l’a dit. Oui, mais il a dit aussi que je le mette à mort, il me l’a manifesté ; j’obéirai, quoi qu’il en arrive, et j’espérerai en ses paroles. Admirez cette confiance, il ne se met nullement en peine de ce qui arrivera ; la chose pourtant le touchait de près ; mais il espère que tout tournera à bien, puisque Dieu s’en mêle. Pourquoi n’aurons-nous pas la même espérance, si nous laissons à Dieu le soin de tout ce qui nous regarde et préférons ce qu’il nous commande ?

 

A ce propos encore, n’admirerons-nous pas la fidélité des enfants de Réchab ? C’était un bon homme, qui reçut mouvement de Dieu de vivre autrement que les autres hommes. Il fallait qu’il ne logeât plus qu’en des tentes et des pavillons, et non en des maisons. Il abandonne donc celle qu’il avait. Le voilà à la campagne, où sa pensée le porte à ne point planter de vigne, pour ne point boire de vin ; et en effet, il n’en planta et n’en but jamais. Il défendit à ses enfants de semer du blé et autres graines, de planter des arbres et de faire jardinage, de sorte que les voilà tous sans blé, sans pain ei sans fruits. Comment ferez-vous donc, pauvre Réchab ? Pensez-vous que votre famille se puisse passer de vivres, non plus pour vous ? Nous mangerons ce que Dieu nous enverra. - Voilà qui est rude, Messieurs. N’en déplaise aux religieux les plus pauvres, ils ne portent point leur renoncement jusqu’à ce point-là. Tant y a, la confiance de cet homme fut telle, que de se priver de toutes les commodités de la vie, pour dépendre absolument du soin de la Providence, et demeura en cet état 350 ans ; ce qui fut si agréable à Dieu que, reprochant à Jérémie la dureté de son peuple abandonné à ses plaisirs, il lui dit : «Va vers ces endurcis ; tu lui diras qu’il y a un homme qui fait cela, cela, cela.»Jérémie fait donc venir un enfant de Réchab pour justifier la grande abstinence du père et des enfants, et pour cela, il fit mettre sur la table du pain, du vin, des verres, etc. Cet enfant se trouvant là, Jérémie lui dit : «J’ai charge de Dieu de te dire que tu boives du vin.»- «Et moi, dit l’enfant, j’ai charge de n’en pas boire ; il y a tant de temps que nous n’en buvons point, notre père nous l’ayant défendu.»

 

Or, si ce père eut cette confiance, que Dieu pourvoirait à la subsistance de sa famille sans qu’il s’en mit en peine, et si les enfants sont si fidèles que de tenir ferme à l’intention du père, ah ! Messieurs, quelle confiance avons-nous qu’en quelque état que Dieu nous mette, il nous pourvoira aussi de ce qui nous est nécessaire ; Quelle est notre fidélité aux règles, en comparaison de celle de ces enfants, qui n’étaient pas autrement obligés de s’abstenir de ces choses pour l’usage de la vie, et vivaient néanmoins en cette pauvreté ? O mon Dieu ! mes frères, demandons à sa divine bonté une grande confiance pour l’événement de tout ce qui nous regarde ; pourvu que nous lui soyons fidèles, rien ne nous manquera ; il vivra lui-même en nous, il nous conduira, défendra et aimera ; ce que nous dirons, ce que nous ferons, tout lui sera agréable.

 

Le troisième motif que nous avons pour cela, c’est que Notre-Seigneur, en saint Matthieu, (Mt 6, 26, 28, 29) parlant de cette confiance que nous devons avoir en Dieu, dit : «Voyez-vous les oiseaux, qui ne sèment, ni ne moissonnent, cependant Dieu leur met la table partout ; il les vêt et les nourrit ; même les herbes des champs, jusqu’au lis, qui a des ornements si magnifiques, que Salomon, en toute sa gloire, n’en a pas eu de semblables.» Or, si Dieu pourvoit ainsi les oiseaux et les plantes, pourquoi ne vous fieriez-vous pas, infidèles, à un Dieu si bon et si provide ? Quoi ! vous fier à vous plutôt qu’à lui ! Il peut tout, et vous ne pouvez rien, et cependant vous osez vous appuyer plutôt sur votre industrie que sur sa bonté, sur votre pauvreté que sur son abondance ; O misère de l’homme ! Ici je dirai que les supérieurs sont obligés de veiller aux besoins d’un chacun et de pourvoir à tout ce qui est nécessaire. Comme Dieu s’est obligé de fournir la vie à toutes ses créatures jusques, à un ciron, il veut aussi que les supérieurs et les officiers, comme instruments de sa Providence, veillent à ce que rien ne manque de nécessaire ni aux prêtres, ni aux clercs, ni aux frères, ni à cent, deux cents, trois, cents personnes, au plus, si elles étaient céans, ni au moindre, ni au plus grand. Mais aussi, mes frères, devez-vous vous reposer sur les soins amoureux de la même Providence pour votre entretien, et vous contenter de ce qu’elle vous donne, sans vous enquérir si la communauté a de quoi, ou n’en a pas, ni vous mettre en peine d’autre chose que de chercher le royaume de Dieu, parce que sa sagesse infinie pourvoira à tout le reste.

 

Dernièrement, je demandais à un Chartreux, qui est supérieur d’une maison, s’il appelait les religieux au conseil pour le gouvernement de leur temporel. «Nous y appelons, me répondit, il, les officiers, comme le sous-prieur, le procureur, avec moi ; tous les autres demeurent en repos ; ils ne se mêlent que de chanter les louanges de Dieu et de faire ce que la règle et l’obéissance leur ordonnent.» Nous sommes céans dans le même grâces à Dieu, tenons-nous-y. Nous sommes aussi obligés d’avoir quelque bien et de le faire valoir pour subvenir à tout. Un temps fut que le Fils de Dieu envoyait ses disciples sans argent, ni provisions ; et puis il trouva à propos d’en avoir, de recevoir des aumônes et d’amasser quelque chose pour faire subsister sa Compagnie et en assister les pauvres. Les apôtres ont continué cela, et saint Paul dit de lui-même qu’il travaillait de ses mains et qu’il amassait de quoi soulager les chrétiens nécessiteux. C’est donc aux supérieurs à veiller à l’économie ; mais qu’ils tâchent aussi que cette vigilance du temporel ne diminue pas celle des vertus ; qu’ils fassent en sorte que la pratique en soit en vigueur dans la Compagnie et que Dieu y règne sur toutes choses ; c’est le premier but qu’ils doivent avoir.

 

Et afin que nous l’ayons tous, la règle nous en fournit un quatrième motif : Et partant, dit-elle, le missionnaire ne se mettra trop en peine pour les biens de ce monde, ains jettera tous ses soins en la Providence du Seigneur, tenant pour certain que, tandis qu’il sera bien établi en sa charité et en cette confiance, il sera toujours sous la protection de Dieu et qu’aucun mal ne lui arrivera, ni aucun bien ne lui manquera, etc. Ceci n’est pas de nous, mais de la Sainte Écriture, où il est dit : Qui habitat in adjutorio Altissimi, in protectione Dei caeli commorabitur. (Ps 40,1) A ceux-là il ne leur arrivera aucun mal, pource que tout leur tournera en bien ; et aucun bien ne leur manquera, pource que Dieu ne manquera pas de leur donner tout ce qui leur sera nécessaire, tant pour le corps que pour l’âme ; et enfin tout leur succédera heureusement, quoiqu’il semble que tous les maux les menacent ; et ainsi, mes frères, avons-nous sujet d’espérer que, pendant que vous serez fermes en cette confiance, non seulement vous serez préservés de fâcheux accidents, mais que toutes sortes de biens vous arriveront ; oui, vous avez sujet de l’espérer, même lorsque tout semblera perdu.

 

Les saints, Messieurs, les saints, par cet éloignement des créatures et de leurs propres commodités, ont voulu témoigner au ciel et à la terre leur parfaite confiance au Seigneur, pour cela, ils lui ont abandonné leurs biens, plaisirs, honneurs, leur vie et leurs âmes. Pourquoi ? Afin qu’il en fût le maître, qu’il régnât absolument sur eux et qu’ils fussent tous dépendants de lui seul pour toutes choses, pour le temps et pour l’éternité. Oh ! le grand abandon ! oh ! la grande confiance ! Mais le Saint des saints, qui leur a frayé le chemin, jusqu’où n’a-t-il pas porté la pratique de ces choses que je viens de vous dire ! (Il faut abréger, l’heure se passe.) Le Fils de Dieu donc a déclaré de lui qu’il n’a pas cherché sa gloire, mais celle de son Père. Tout ce qu’il a fait et qu’il a dit a été pour le glorifier, ne s’étant réservé pour lui que le dénuement, la souffrance et l’ignominie. Bel exemple, mes frères, par lequel Jésus-Christ nous force doucement d’entrer en ses inclinations, affections, pratiques et conseils ; Il n’a jamais cherché sa gloire. Mais le voulons-nous imiter, voulons-nous renoncer a toute prétention d’honneur, voulons-nous ne chercher que le sien, n’agir que pour établir sa gloire dans les âmes, pour faire que son règne advienne et que sa volonté se fasse en la terre comme au ciel ; si nous le faisons, nous aurons tout. Voilà, ce me semble, des motifs bien pressants pour nous porter à la pratique de cette sainte maxime ; mais quels moyens pour cela ?

 

Les moyens sont : 1° de le demander à Dieu incessamment. Nous sommes des mendiants ; rendons-nous tels envers Dieu ; nous sommes pauvres et chétifs, nous avons besoin de Dieu partout, particulièrement en l’observance de cette maxime qui nous oblige de chercher Dieu avant toute chose ; ce que nous ne pouvons faire que par son esprit. Ce n’est pas encore assez de le demander, mais il faut se mettre en la pratique de cette règle et commencer dès demain ; à quoi faire ? A pratiquer les vertus qu’elle suppose, du zèle de sa gloire, du détachement des créatures et de la confiance au Créateur ; en faire des actes intérieurs et extérieurs ; penser souvent à cela, et, si on tombe, se relever.

 

2° En la même règle il est dit qu’un chacun préférera les choses spirituelles aux temporelles, l’âme au corps, Dieu au monde, et enfin choisira la disette, l’infamie, les tourments et la mort même, plutôt que d’être séparé de Jésus-Christ. Quand on se trouve dans ces occasions où il s’agit d’une chose spirituelle ou corporelle, il faut embrasser la première et laisser l’autre ; c’est ce que Dieu nous demande ; c’est le faire régner en nous que de faire ses affaires plutôt que les nôtres, que de préférer la vie de l’âme à celle du corps, mes frères, la vie de l’âme a celle du corps. Voyez-vous, il se présente une occasion aux infirmes de donner à Dieu quelque chose sur leurs infirmités ; ils le doivent faire. Messieurs, préférer l’âme au corps, cela est du royaume de Dieu, préférer l’honneur de Dieu à celui du monde. Avalons le calice, embrassons la confusion, dans la confiance qu’elle tournera à notre avantage. Enfin il faut se résoudre, avec l’Apôtre, à choisir les tourments et la mort même, plutôt qu’à se séparer de la charité de Dieu. Il se peut faire que l’occasion se présentera de perdre Jésus-Christ, ou de souffrir la prison, la torture, le feu, le martyre ; o bénites occasions, qui donnez le moyen de faire régner souverainement le Fils de Dieu ; Donnons-nous à lui, Messieurs, je vous en prie par son saint nom, à ce qu’il nous fasse la grâce de préférer les peines et la mort même au danger malheureux de perdre son amour ; à quoi nous devons nous résoudre dés cette heure. Oui, mon Dieu, oui, Messieurs, si l’occasion se présente de perdre l’honneur, les plaisirs et la vie, afin que Jésus-Christ soit connu et servi, vivant et régnant partout, nous y voilà disposés, nous y voilà disposés, par sa miséricorde. Faisons-lui donc par avance cette oblation, quoique la nature y répugne ; ayons cette confie, que Dieu nous fortifiera au besoin. «Je vous enverrai comme des agneaux parmi des loups», disait Notre-Seigneur a ses apôtres. (Mt 10,16) Il ne voulait pas qu’ils pensassent seulement aux réponses qu’ils avaient à dire devant les princes et es tyrans, «car alors, disait-il, il vous sera donné ce que vous aurez à dire.» Ne doutez pas, Messieurs, qu’il ne soit aussi avec vous en pareilles rencontres, pour vous faire parler et souffrir en parfaits chrétiens. Laissons-le faire, n’ayons en vue que son aimable et unique bon plaisir. Oh ! qui nous donnera le zèle de sainte Thérèse, qui fit vœu de choisir toujours la gloire de son Seigneur, non seulement sa gloire, mais sa plus grande gloire ; Voilà un sujet de faire un bon œuvre à son honneur, mais un autre se présentait-il de plus grande importance, elle courait à celui-ci et différait l’autre, et elle s’engagea de parole et de conscience d’en user toujours ainsi. C’était aussi la bonne coutume de saint Ignace : Ad majorem Dei gloriam. Un grand prélat de ce temps est dans la même pratique d’animer ses actions et ses conduites de cette intention d’aller au plus grand bien : c’est Monseigneur de Cahors, (Alain de Solminihac) qui tend toujours au plus parfait ; et cela lui réussit.

 

S’il y en a quelques-uns parmi nous qui sentent un pareil désir, à la bonne heure, mes frères, ouvrez vos cœurs à cette divine inspiration, et suivez ce noble mouvement, qui porte toujours en haut. Les autres qui rampent en bas, comme moi, misérable, qu’ils se relèvent, s’il leur plaît. Donnons-nous à Dieu pour désirer et pour faire que le royaume de Dieu s’étende en nous, qu’il s’étende sur l’état ecclésiastique et sur les peuples ; et en ce faisant, nous pratiquerons ce que Notre-Seigneur et notre zèle demandent de nous par cet article.

 

O mon Sauveur Jésus-Christ, qui vous êtes sanctifié afin que les hommes fussent aussi sanctifiés, qui avez fui les royaumes de la terre, leurs richesses et leur gloire et n’avez eu à cœur que le règne de votre Père dans les âmes, non quaero gloriam meam, etc., sed honorifico Patrem meum, (Jn 8,54) si vous avez vécu comme cela avec un autre vous-même, étant Dieu par relation à votre Père, que ne devons-nous pas faire pour vous imiter, vous qui nous avez tirés de la poussière et appelés pour observer vos conseils et aspirer à la perfection ; Ah ! Seigneur, tirez-nous après vous, faites-nous la grâce d’entrer en la pratique de votre exemple et de notre règle, qui nous porte à chercher le royaume de Dieu et sa justice, et à nous abandonner à lui pour tout le reste ; faites que votre Père règne en nous et régnez-y vous-même en nous faisant régner en vous par la foi, par l’espérance et par l’amour, par l’humilité, par l’obéissance et par l’union avec votre divine Majesté. Et en ce faisant, nous avons sujet d’espérer que nous régnerons un jour dans votre gloire, qui nous a été méritée par votre sang précieux. C’est, mes frères, ce que nous lui devons demander à l’oraison ; et tout le long du jour, à commencer par le réveil, se dire : «Comment ferai-je pour faire que Dieu règne souverainement en mon cœur ? Comment ferai-je aussi pour étendre par tout le monde la connaissance et l’amour de Jésus-Christ ? Mon bon Jésus, enseignez-moi à le faire et faites que je le fasse !» Quand l’horloge sonnera, renouvelons cette prière et la résolution d’y travailler, et encore plus particulièrement à la sainte Messe, établie pour reconnaître souverainement la suprême majesté de Dieu et pour nous obtenir les grâces nécessaires afin de vivre et de mourir sous le règne glorieux de son Fils éternel. Amen.

 

Après la prière, M. Vincent dit avec un très grand sentiment d’humilité et de reconnaissance :

 

Attendez un peu, Messieurs, s’il vous plaît. Nous parlons de la Providence, mes frères, et du désir qu’a Dieu que nous nous abandonnions à elle ; et voici comme il a plu à sa bonté nous faire éprouver tout récemment combien il est véritable en ses promesses. Il a inspiré à une dame, morte depuis peu (ce fut hier qu’elle trépassa), de faire du bien à cette pauvre et chétive Compagnie et à une autre maison que celle-ci ; par son testament, elle lui a laissé 18.000 livres, somme notable, 18.000 livres. O bonté de Dieu, que vous êtes admirable ! O conduite admirable, que vous êtes digne d’amour ! O Providence infinie, qui veillez aux besoins d’un chacun, voilà qu’au jour que nous devions parler de vous, vous vous montrez à nous ; au même jour que nous devions nous exciter à nous reposer sur vos soins paternels à l’égard des choses temporelles, pour ne penser qu’aux spirituelles, ce même jour vous nous envoyez ici un petit garçon pour nous donner le premier avis de cette aumône considérable ; Comme cet enfant fut arrivé à la porte, il demanda à me parler ; et on lui a dit que je n’étais pas en état de cela ; il a persisté et afin a fait si bien, qu’il est entré en notre chambre, où il m’a présenté l’extrait du testament de la défunte ; c’est Madame la marquise de Vins, qui a jeté les yeux sur la maison la plus pauvre et la plus utile de la Compagnie ; c’est celle de Marseille, à laquelle elle a laissé cette somme, pour être mise en rente, à condition de faire des missions dans le diocèse de Marseille, et, de temps en temps, en quelques terres qu’elle a en ce pays-là. Monsieur de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (Hippolyte Féret) m’en a ensuite donné l’avis. Qui n’admirera, Messieurs, cette grâce de Dieu, qui, voyant cette pauvre famille en danger de succomber, l’a relevée et l’affermit par ce secours considérable ? Elle est sur le passage et à mi-chemin de Rome ; c’est un port de mer où l’on s’embarque pour l’Italie et le Levant, et partant très commode pour la Compagnie. Elle a soin du salut et du soulagement des pauvres forçats, sains et malades, et fait les affaires des esclaves en Barbarie, et avec cela fait les mêmes biens que les autres maisons font.

 

O Messieurs, o mes frères, que voici un grand sujet de nous humilier devant Dieu du soin qu’il prend de nous maintenir en cet établissement important, et d’une manière si efficace, à laquelle nous ne nous attendions pas ; C’est un grand sujet de reconnaître de toutes nos forces le bien qu’il fait à cette pauvre maison, où nos confrères travaillent avec fruit et bénédiction. Je dis ceci à la Compagnie, afin que, d’un côté, elle rende grâces à Dieu de celles que sa divine bonté a faites à cette bonne dame, qui était de grande piété, comme aussi de la charité que son infinie miséricorde nous a faite par son moyen ; et d’un autre, qu’elle prie Notre-Seigneur qu’ils soit lui-même la récompense éternelle de son âme et lui fasse l’application du mérite des biens qui se feront en vertu de cette aumône. Je prie tous les prêtres de célébrer demain à son intention, s’ils n’ont quelque autre obligation. J’avais oublié de vous dire ceci, quoique je me le fusse proposé. C’est ce que j’avais à vous dire.

 

 

 

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Published by Jean-Pierre - dans Archives CMV
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Q.C.M.

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Un jeu de connaissances auquel les téléspectateurs de toutes générations peuvent participer. Trois candidats viennent chaque semaine tenter de se qualifier pour la finale du mois. Ecriture, Histoire de l'Eglise, saints et témoins de la foi...l'occasion en cette année de la foi de tester - et d'enrichir ! - ses connaissances, en s'amusant, sous la conduite souriante de Charlie Clarck.

 

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Aux yeux de l'Eglise, l'"option préférentielle pour les pauvres" n'est pas un simple slogan.
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[...] Il est difficile de parler des pauvres -et aux pauvres- si l'on ne se solidarise pas avec leur vie.

Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
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