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Noël

 

 

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Dimanche prochaine avec MN Thabut

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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 10:54

cmv Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

vendredi 9 novembre à 17h15 en l'église d'Etival les Le Mans (Sarthe)
que chacun se sente invité par le Seigneur !

Cette semaine, nous serons attentif plus particulièrement sur deux points :
1) à la veuve (au sens strict et au sens de la personne veuve de toute relation sociale) qui a juste de quoi vivre son quotidien, à la solitude qui lui pèse. Prenons le temps de la rencontrer, de lui écrire, de prier pour elle
(propositions inclusives...)
2) à notre don à la suite du Christ. Est-ce que je lui consacre mon superflu ou est-ce que je lui donne toute ma vie ?

 

EVANGILE - Marc 12, 38-44

 

obole-de-la-veuveDans son enseignement, Jésus disait : 38«Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, 39 les premiers rangs dans les synagogues et les places d'honneur dans les dîners. 40 Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés.» 41 Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. 42 Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes.43 Jésus s'adressa à ses disciples : «Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. 44 Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre.»

 

 

 

«Méfiez-vous ...» Dans la bouche de Jésus, voici une parole inattendue ! Nous sommes dans les derniers chapitres de l'Evangile de Marc, avant la Passion et la Résurrection du Christ. Jésus donne ses derniers conseils à ses disciples. Quelques versets plus haut, il leur a dit : «Ayez foi en Dieu (11,22)... Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez reçu et cela vous sera accordé.» Un peu plus loin, il leur conseillera encore : «Prenez garde que personne ne vous égare ...» (13,5). Ici, c'est quelque chose comme «Ne donnez pas votre confiance à n'importe qui !» Il s'agit de certains scribes. Nous sommes peut-être surpris de cette véhémence de Jésus, mais elle relève du style prophétique : combien de fois avons-nous vu les prophètes employer un langage très violent pour stigmatiser certaines attitudes ; pour autant, il ne s'agit pas pour Jésus de faire en bloc le procès de tous les scribes.

 

 

 

Ceux-ci jouissaient d'une grande considération au temps de Jésus, et elle était généralement justifiée. Qui étaient-ils ? Des laïcs qui avaient étudié la Loi de Moïse dans des écoles spécialisées, des diplômés de la Loi (comme on dirait aujourd'hui des «docteurs en théologie»). Ils avaient le droit de commenter l'Ecriture et de prêcher. Ils siégeaient au Sanhédrin, le tribunal permanent de Jérusalem qui se réunissait au Temple deux fois par semaine. Les meilleurs d'entre eux étaient nommés «docteurs de la Loi ». Le respect qu'on leur vouait était en réalité celui qu'on ressentait pour la Loi elle-même. Le livre de Ben Sirac (ou Siracide) consacre une page entière (Si 38,34-39,11) à l'éloge du scribe, «celui qui s'applique à réfléchir sur la loi du Très-Haut, qui étudie la sagesse de tous les anciens, et consacre ses loisirs aux prophéties... Il étudie le sens caché des Proverbes, il passe sa vie parmi les énigmes des paraboles.» (Si 39,1...3). Mais cette reconnaissance populaire pouvait bien monter à la tête de certains : dans les synagogues, ils avaient des places réservées dans les premiers rangs, et les mauvaises langues faisaient remarquer que ces places, curieusement, tournaient le dos aux Tables de la Loi et étaient situées face au public !

 

 

 

Jésus manifeste une très grande liberté à leur égard : dans les versets précédents, il a rendu hommage à l'un d'entre eux : Marc nous raconte que «Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu.» (12,34). Ici, en revanche, il semble les prendre à partie de façon plus générale ; en réalité, ce n'est qu'une réponse au harcèlement dont il a été l'objet de la part de certains d'entre eux, depuis le début de sa vie publique, et qui lui a fait prendre conscience de leur jalousie à son égard. En effet, Marc a montré amplement, tout au long de l'évangile, la méfiance grandissante des scribes contre Jésus.

 

 

 

Il faudrait relire (ou relier) tous ces épisodes : la guérison du paralytique de Capharnaüm (2,6-7) ; le repas chez Lévi (2,16) ; les accusations d'être un suppôt du démon, ce qui expliquerait son pouvoir : «Les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : «Il a Béelzéboul en lui et : C'est par le chef des démons qu'il chasse les démons.» (3,23). Ou encore la discussion sur le non-respect des traditions (7,5).

 

 

 

Leur jalousie s'est peu à peu muée en haine et a fait naître en eux l'idée de le faire mourir : après qu'il eut chassé les vendeurs du Temple «Les grands prêtres et les scribes l'apprirent et ils cherchaient comment ils le feraient périr. Car ils le redoutaient, parce que la foule était frappée de son enseignement» (11, 8 : en somme c'est une jalousie de professeurs). Après l'épisode des vendeurs, justement, ils lui demanderont de justifier ses audaces : «Alors que Jésus allait et venait dans le Temple, les grands prêtres, les scribes et les anciens s'approchent de lui. Ils lui disaient : En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Ou qui t'a donné autorité pour le faire ?» (11,27-28). D'ailleurs, au moment de la Passion, Pilate ne s'y trompera pas (Marc note «Pilate voyait bien que les grands prêtres l'avaient livré par jalousie» : 15,10).

 

 

 

Jésus est bien conscient de la haine dont il est l'objet, mais ce n'est pas cela qu'il leur reproche ; à ses yeux, il y a plus grave : «Ils dévorent les biens des veuves» ; par-là, il reproche à certains de profiter de leur fonction ; on peut supposer que les scribes, donnant des consultations, les veuves leur demandaient probablement des conseils juridiques (qui n'étaient pas gratuits, apparemment !) «Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés.» Phrase sévère, mais bien dans le style prophétique : on sait bien que l'endurcissement du cœur vient tout doucement si l'on n'y prend pas garde ; ceux qui sont visés ici «affectent de prier longuement», mais cette prière feinte, affectée, n'est évidemment pas une vraie prière puisque, ensuite, ils volent les pauvres gens... leur prière ne les rapproche donc pas de Dieu ; (traduisez ils s'excluent eux-mêmes du salut).

 

 

 

Et voici qu'une veuve se présente, justement pour faire son offrande. Elle est pauvre, de toute évidence, Marc le dit trois fois (v.42,43 «pauvre veuve» ; v. 44 «indigence») : c'était malheureusement le cas général, car elles n'avaient pas droit à l'héritage de leur mari et leur sort dépendait en grande partie de la charité publique. La preuve de leur pauvreté est dans l'insistance toute particulière de la loi sur le soutien que l'on doit apporter à la veuve et à l'orphelin, ce qu'un scribe ne peut pas ignorer, lui, le spécialiste de la Loi. La veuve s'avance donc pour déposer deux piécettes ; et c'est elle que Jésus donne en exemple à ses disciples : «Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre.» L'évangile n'en dit pas plus, mais la réflexion de Jésus à son sujet laisse entendre que sa confiance sera récompensée... Le rapprochement avec la première lecture de ce dimanche (la veuve de Sarepta) est suggestif : comme la veuve de Sarepta avait donné ses dernières provisions au prophète Elie, celle du Temple de Jérusalem donne ses derniers sous. Sa confiance en Dieu va jusque-là. Jusqu'à prendre le maximum de risques, le dépouillement complet.

 

 

 

Ces derniers conseils de Jésus à ses disciples prendront quelques jours après un relief tout particulier. A leur tour, ils devront choisir leur attitude dans l'Eglise naissante. Le modèle que leur Seigneur leur a assigné, ce n'est pas l'ostentation de certains scribes, leur recherche des honneurs... mais la générosité discrète de la veuve et l'audace de tout risquer.

 

 

 

 


218. CONFÉRENCE DU [21 NOVEMBRE 1659]

 

DE LA PAUVRETÉ

 

(Règles Communes, chap. III, art. 3-10.)

 

SV XII,386-398

 

 

 

Mes chers frères, nous continuerons ce soir le chapitre troisième de la pauvreté. Nous parlâmes, la première fois, des deux premiers articles : au premier, de la pauvreté en général ; au second, de ce qu’il semblait que nous n’étions pas en l’état de pauvreté dans les missions, car nous n’y prenons rien, et les pauvres reçoivent leurs aliments et leurs nécessités d’autrui ; nous donnons aux pauvres et à la Charité, et les pauvres ne donnent rien ; nous ne prenons pas de rétribution pour les messes, et les pauvres prêtres en prennent. Il semble donc que tout cela va contre l’état de pauvreté. Cela n’est pas cependant, car, si nous ne prenons rien pour nos missions, c’est que la Compagnie s’est donnée à Dieu, dès le commencement, pour faire toutes les fonctions de la mission gratis, fondée sur ce que Notre-Seigneur a dit : Quod gratis accepistis, gratis date (Mt 10,8), et qu’on a vu que c’était un grand moyen de faire du fruit parmi les peuples, qui disent : "Ces messieurs sont gens de Dieu, puisqu’ils ne prennent rien et sont si désintéressés" Ainsi on les gagne facilement à Dieu. En raison de cet état de pauvreté que nous avons embrassé pour l’amour de Dieu, nous devons être bien aises en mission d’être parfois mal logés, mal nourris. Oh ! bienheureux serions-nous alors de ressembler davantage à Notre-Seigneur pauvre, qui a produit de si grands actes Ide pauvreté ! C’est quand ce dont nous aurions besoin nous fait défaut, que nous devons estimer cet état de pauvreté en nous. Voilà pour les deux premiers articles de ce chapitre.

 

 

 

Voici maintenant le troisième : Tous et un chacun de notre congrégation sauront qu’à l’exemple des premiers chrétiens, toutes choses nous seront communes, et qu’elles seront distribuées à chacun par les supérieurs, à savoir la nourriture, le vêtement, les livres et les meubles et les autres choses, selon le besoin de chaque particulier. De peur toutefois que nous ne fassions quoi que ce soit contre la pauvreté que nous avons embrassée, personne ne pourra disposer de ces biens de la congrégation, ni en rien employer, sans la permission du supérieur.Mes frères, je diviserai ce que j’ai à dire là-dessus en trois points : au premier, nous exposerons les raisons que nous avons de remercier Dieu incessamment de nous avoir appelés à cet état de pauvreté ; au second, nous parlerons les espèces de pauvretés et des fautes qui leur sont opposées ; ô Sauveur ! il ne s’en fait que trop ! Nous dirons, dans un troisième point, les moyens d’entrer dans la pratique de la pauvreté ; car il ne faut pas se contenter d’en porter le nom ; il faut en faire les œuvres et en produire les actes aux rencontres et occasions. Disons donc ou plutôt redisons quelques-uns des motifs qui nous obligent à rendre grâces à Dieu de celle qu’il nous a faite, par son infinie bonté, en nous mettant dans cet état de pauvreté. J’en userai comme faisait monseigneur d’Alet (Nicolas Pavillon), qui répétait un jour, deux jours,. trois jours, quatre jours, voire tout l’avent, les choses qu’il avait dites et prêchées au peuple, quand il les jugeait importantes à leur salut, afin de les bien inculquer dans leurs esprits. Éclairons-nous donc de la lumière dont nous fumes éclairés, il y a huit jours, sur les obligations que nous avons à Dieu et les actions de grâces que nous lui devons rendre incessamment, pour nous avoir mis en cet état de pauvreté que son Fils même avait embrassé pour notre salut.

 

 

 

La première chose que Notre-Seigneur a pratiquée en venant au monde, c’est la pauvreté ; et la première chose qu’il nous a enseignée, c’est également : Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum (Mt 5,3) ; car Notre-Seigneur caepit facere et puis docere (Ac 1,1). La première chose qui échappe de la bouche est celle qui occupe le plus le cœur. Puisque donc Notre-Seigneur a commencé ces sermons par ces mots : Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum, c’est signe qu’il avait un grand amour pour la pauvreté et qu’il en faisait une grande estime. Mes frères, si nous nous appliquons bien à ruminer ces paroles : Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum, nous aurons beaucoup d’estime pour cette sainte vertu, et ceux que Dieu a appelés à cet état auraient sujet de dire à Dieu, s’il leur parlait de l’enfer et du purgatoire : "Eh ! mon Dieu ! quel langage me tenez-vous à moi qui ai tâché d’embrasser l’état de pauvreté ! Eh ! n’avez-vous pas dit : Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum ?" Sans doute qu’il y a quelque chose de grand en la pratique de cette vertu, puisque le premier mot des prédications de Notre-Seigneur a été : Beati pauperes Spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum.Avons-nous fait réflexion sur ce mot : Nemo potest esse meus discipulus, nisi renuntiaverit omnibus quae possidet ? (Lc 14,33) Nous désirons tous être disciples de Notre-Seigneur. Or, avez-vous senti, dès votre vocation à son. service, cet amour et cette affection vers la sainte pauvreté ? Pour cela, nous nous sommes donnés à Dieu pour être ses disciples, et on ne le peut être sans cela, sans embrasser la pauvreté ; si on ne l’a pas fait, on ne peut être aussi disciple de Notre-Seigneur que si on l’a fait ; mais aussi, si nous ne l’avions pas fait assez purement, assez parfaitement, faisons-le maintenant et donnons-nous à Dieu pour embrasser le plus parfaitement que nous pourrons cet état de pauvreté. Si nous pensons que Notre-Seigneur, venant au monde et voulant faire un monde nouveau de gens qui fussent à son service, a commencé par leur dire : Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum, il faut bien avouer qu’il y a quelque chose de grand dans la pauvreté. Remarquez bien ces trois mots : nemo, nisi, omnibus. Il n’y a personne au monde qui puisse être disciple de Notre-Seigneur et à son service, quelque personnage que ce soit, nisi, à moins qu’il ne renonce ; à quoi ? Omnibus. Il est vrai que ce n’est pas un commandement, mais un conseil quant à son état de perfection, tel que les apôtres l’ont embrassé. Les premiers chrétiens virent ce bienheureux état ; cela les ravit ; ils l’embrassèrent aussitôt ; aussi étaient-ce tous des saints, et pourquoi ? Parce qu’ils étaient pauvres : Omnia illis erant communia. (Ac 4,32).

 

 

 

Or sus, bénissons Dieu, qui nous a appelés et mis en cet heureux état ! La raison pour laquelle Notre-Seigneur veut qu’on renonce à tout, c’est que, le faisant, il faut nécessairement qu’on aime Dieu. Le cœur tend vers l’amour de même que la pierre tend en bas et le feu en haut, comme en leur centre. Saint Augustin dit que c’est un malheur de n’avoir pas un cœur aimant. Après avoir trop aimé les créatures, il aima Dieu, et il le louait de ce qu’il l’avait détaché de l’amour des créatures. Ainsi, si Dieu nous a sevrés de tous les biens, c’est afin que nous l’aimions de tout notre cœur, de toutes nos forces ; car c’est un Dieu jaloux, Deus zelotes. Il a en lui tant de raisons d’être aimé : son grand amour, son amabilité ! Ne se plaint-il pas qu’on le laisse, lui qui est la fontaine des eaux vives, pour aller à des citernes crevassées qui ne peuvent contenir l’eau et sont toutes bourbeuses ? : S’il plaisait à Dieu que nous ayons cet esprit de pauvreté, oui, cet esprit de pauvreté, oh ! que nous aimerions Dieu parfaitement ! Ajoutons à cela la bonté de Dieu, qui veut récompenser, dès cette vie, la pratique de cette vertu. Trois évangélistes en parlent : saint Matthieu, XIX ; saint Marc, X ; saint Luc, XVIII. Le premier dit que qui quittera père, mère, etc., aura en ce monde cent fois autant (Mt 19,29) ; oui, en ce monde. De ces paroles est née, au commencement de l’Église, une hérésie dite des Millénaires ; certaines gens croyaient que Notre-Seigneur viendrait en ce monde après le jugement, et, avec lui, ceux qui. avaient quitté tout pour son amour, et qu’ils y demeureraient mille ans dans la jouissance de tous les plaisirs. Pauvres gens ! S’ils avaient bien étudié, ils auraient bien su que ces paroles ne s’entendent pas ainsi, comme vous le savez mieux que moi, qui en feriez des sermons.

 

 

 

Mais revenons, et disons que Notre-Seigneur ne laisse pas de récompenser ici éternellement ceux qui ont tout quitté pour son amour. Ne voyez-vous pas combien de fondations on nous a déjà faites, combien Dieu a pourvu à tous nos besoins et que de maisons il nous donne pour une ou deux maisons que deux ou trois des nôtres ont quittées ! Misérable que je suis ! je ne parle pas de moi, je ne suis qu’un pauvre porcher, qu’un vilain ; mais, pour les autres, plusieurs seraient peut-être dans les villages à vicarier. Servir de vicaires ! pauvres gens ! M. le vicaire général d’Amiens m’écrit que plusieurs vicaires et curés ont tout perdu, que le passage des gens de guerre a tout ruiné, et demande qu’on ait pitié d’eux. On y a pourvu. Nous pouvions, dis-je, être tels, mais Dieu y a pourvu nous appelant à la congrégation, où nous avons nos besoins, et non seulement ici, mais aussi dans les autres maisons, qui plus, qui moins, de sorte que, quelqu’un de nous va-t-il en Bretagne, en Poitou, en Gascogne, en Languedoc, partout nous trouverons la nappe mise, voire même en Italie et jusques à Rome. Ces maisons sont à nous ; nous y avons droit. Dieu ne justifie que trop la vérité de ces paroles : Qui reliquerit patrem, etc., centuplum accipiet in hac vita. N’est-il pas vrai que nous recevons cent fois plus de biens que nous n’en avons quitté ? Hélas ! qu’avons-nous quitté ? Un je ne sais quoi, peu de chose. Quant aux plaisirs, réservons cela pour un autre temps. Trois évangélistes parlent de la pauvreté volontaire : saint Matthieu, XIX ; saint Marc, X ; saint Luc, XVIII. Saint Matthieu dit : Omnis qui reliquerit domum vel fratres vel sorores aut patrem aut matrem aut filios autagros propter nomen meum, centuplum accipiet et vitam aeternam possidebit (Mt 19,29), — Saint Marc dit : Respondens Jesus ait : amen dico vobis, nemo est qui reliquerit domum aut fratres aut sorores aut patrem aut matrem aut filios aut agros propter me et propter Evangelium, qui non accipiat centies tantum, nunc in tempore hoc : domos et fratres et sorores et matres et filios et agros cum persecutionibus, et in saeculo futuro vitam aeternam (Mc 10, 29, 30) — Saint Luc : Amen dico vobis, nemo est qui reliquerit domum aut parentes aut fratres aut uxorem aut filios propter regnum Dei, et non recipiat multo plura in hoc tempore, et in saeculo venturo vitam aeternam (Lc 18,29-30).

 

 

 

Vous voyez comme Notre-Seigneur parle en ces trois évangélistes : toute personne, sans en exclure aucune, omnis, ou bien nemo est, il n’y a personne du monde qui, ayant quitté maison, parents, etc., ne reçoive le centuple, dit saint Matthieu ; et saint Marc ajoute : en ce monde, in tempore hoc et même cum persecutionibus, nonobstant les persécutions qui arrivaient aux premiers chrétiens en la primitive Église, où on leur ôtait tout. Saint Luc ajoute : multo plura, beaucoup plus de choses qu’on a quitté ; on recevra plus que cela : pour un père qu’on a quitté, pour une mère, cent fois autant. La Compagnie n’est-elle pas à chacun de nous autant qu’un père, qu’une mère ? Que peuvent faire un père, une mère pour leur enfant, que la Compagnie ne fasse pour chacun de nous ? Elle nous nourrit, nous habille, pourvoit à tous nos besoins. Ne sommes-nous pas les uns pour les autres autant de frères, qui ont autant, voire beaucoup plus d’affection et de charité que nos frères charnels, qui d’ordinaire ne cherchent que leurs intérêts ? Mettons la main sur la conscience, et voyons en icelle si Dieu ne justifie pas bien en nous, qui avons tout quitté pour l’amour de lui, ce qu’il a promis. Ne sommes-nous pas assez récompensés ? Dieu veuille que ce ne soit pas là notre récompense, mais que ce soit lui-même et la jouissance de son essence ! N’avons-nous donc pas sujet de demander à Dieu cet esprit de pauvreté, qui nous est si avantageux ? Si quelqu’un était si misérable que de ne pas sentir en son cœur cette affection pour la sainte pauvreté, oh ! qu’il serait à plaindre ! Mais passons ; voici déjà la demi-heure. Oh ! que je suis misérable de m’arrêter si longtemps ! je ne fer. ai que lire les articles.

 

 

 

Article 3e. — Tous, sauront que… toutes choses nous seront communes. Nous voilà donc en communauté de biens, comme les apôtres et les premiers chrétiens Omnia illis erant communia, mais, comme il y aurait eu grande confusion à ce que chacun, a sa volonté, put prendre de ces biens, les apôtres y remédièrent eux-mêmes au commencement, les distribuant à chacun selon son besoin ; et après, ce furent les diacres ; ainsi faut-il dans une communauté bien réglée qu’il y ait des personnes choisies pour donner à chacun ses nécessités. Aussi y en a-t-il céans une dans chaque catégorie. prêtres anciens, écoliers, séminaristes, frères même, qui est députée au soin de la pauvreté et a charge de demander à chacun ce dont il a besoin, et cela tous les huit jours. Demander les nécessités d’un chacun, voyez si cela se pratique à la maison des grands seigneurs ! O mon Sauveur ! Je recommande très instamment à ceux qui ont soin de demander les besoins d’un chacun, de s’acquitter ponctuellement de leur office.

 

 

 

Si, cependant la semaine, on avait besoin de quelque chose, comme quand on va aux champs et qu’on ne peut attendre les huit jours, on peut et on doit s’adresser à celui qui a charge de demander les besoins d’un chacun, et non à un autre ; et ainsi, que personne n’aille à la couture, ni à la cordonnerie. Je recommande surtout de ne point demander au tailleur tel manteau, telle robe, une soutane de telle étoffe. Oh ! que Dieu nous garde de cela ! car combien cela n’est-il pas éloigné de l’esprit de pauvreté ! Si quelque chose incommodait notablement, comme le froid pour les frileux, et qu’on ne pût attendre les huit jours, on pourra et on devra s’adresser à celui-là seulement qui est député à cet effet. Pour les livres, il appartient au supérieur de les distribuer ou de les faire distribuer. O mon Dieu ! quelle faute commet celui qui prend sans permission les livres qui lui plaisent ! Il s’approprie ce qui est commun. Vous en avez besoin, demandez-les ; et quand vous avez fini, rendez-les ; un autre peut en avoir besoin aussi bien que vous. Un autre va en voyage, en mission ; il a fait la dépense et a quelque argent de reste ; il n’en rend aucun compte ; il ne le rend pas, mais le retient pour avoir quelque livre ; c’est agir contre la pauvreté. Au nom de Dieu, mes frères, que celui qui va aux champs écrive sa dépense, et, au retour, en rende compte, et remette le reste de l’argent. Fidélité à cela !

 

 

 

Article 4. - Personne n’aura rien sans que le supérieur le sache, ou le permette, et qu’il ne soit prêt de quitter incontinent que le même supérieur le lui aura ordonné, ou même fait signe qu’il le désire. Personne donc n’aura rien, ici, ni ailleurs, à l’insu du supérieur. Celui qui aurait de l’argent ou des livres ferait mal ; il pécherait contre la pauvreté, si ce n’est que le supérieur le permette ; oh ! qu’il n’ait garde de le permettre ! Trois choses sont recommandées en cet article : 1°n’avoir rien que le supérieur ne le sache ; 2° qu’il ne le permette ; 3° qu’on ne soit prêt à quitter au moindre signe.

 

 

 

Article 5. — Personne n’usera d’aucune chose comme propre, ne donnera, ne recevra, ne prêtera, n’empruntera, ni ne demandera rien d’ailleurs sans la licence du supérieur. Donner quelque chose, c’est faire acte de propriété ; vous y avez renoncé ; recevoir quelque chose pour soi, c’est aussi contre La pauvreté ; ce n’est pas aux pauvres de prêter, ni d’emprunter, car on ne leur prête pas volontiers. Article 6. — Personne ne prendra rien pour soi de ce qui est destiné à l’usage des autres, ou mis à part pour la communauté, ou délaissé de quelqu’un, non pas même des livres. Cela n’est arrivé que trop souvent que, dès lors que quelqu’un va aux champs et qu’il laisse des livres, au autre chose dans sa chambre, on y entre, on va prendre ce qui est agréable. Déplorons l’état de ceux qui font de telles actions, qui sont mauvaises et contre la pauvreté. J’espère que cela n’arrivera plus ; autrement, il faudrait découvrir de telles gens et leur faire faire pénitence. Mon Dieu ! que j’ai grand sujet d’appréhender que Dieu ne me punisse, pour n’avoir pas pris soin d’empêcher de telles fautes. Ici je dirai, bien que ce ne soit pas son lieu, qu’il est défendu d’écrire sur les livres et d’y faire des marques ; c’est là une action qui marque quelque propriété ; il en faudrait être les maîtres, et nous ne le sommes pas. Personne ne donnera non plus aux autres ce qui lui aura été donné pour son usage, sans le consentement du supérieur. Nul aussi ne laissera, par sa négligence, rien perdre, ni rien gâter de tout cela. Oh ! que nous faisons de mal en ces choses, mon Sauveur !

 

 

 

Article 7. — Personne ne recherchera les choses superflues, ni les curieuses. O maudite curiosité ! que tu fais de mal ! Et pour ce qui est des nécessaires, chacun règlera si bien ses inclinations en cela, que son vivre, sa chambre et son lit soient accommodés en le manière qui convient à un pauvre, et qu’en ces choses-là, comme en toutes autres, il soit prêt de ressentir quelques effets de la pauvreté, voire même de souffrir de bon cœur qu’on lui donne le pire de tout ce qui est dans la maison. Oh ! la belle pratique ! ô mon Sauveur, qui l’avez pratiquée, qui avez, en cette pauvreté, senti la nudité, faites-nous cette grâce de pratiquer à ce point cette vertu.

 

 

 

Article 8. — Et afin qu’on ne voie rien chez nous qui ressente le moins du monde la propriété, nos chambres ne seront pas tellement fermées, qu’on ne les puisse ouvrir par dehors, et il n’y aura point de coffre, ni aucune autre chose semblable fermée à clef particulière sans l’expresse permission du supérieur. Mes frères, aux Jésuites il n’y a qu’un loquet aux chambres ; il n’y a en tout chez eux que trois chambres qui ferment à clef : celles du supérieur, du ministre et du procureur, à cause des choses de conséquence qui y sont. Donc ici point de cassettes, de valises, de cadenas, si ce n’est aux chambres qui renferment des choses de conséquence de la communauté.

 

 

 

Article 9. — Nul de ceux qui iront en une autre maison n emportera rien de celle d’où il sort, sans la licence du supérieur. — Donc c’est agir contre cette règle et contre la pauvreté qu’emporter des sacs ou des valises pleins de livres. " Mais, dira-t-on, j’ai acheté ces livres." Je réponds : ou c’est de l’argent de la communauté, et ces livres sont toujours à la communauté ; si c’est de votre argent, vous y avez renoncé ; si de l’argent de vos parents, de même. On ne peut et on ne doit pas dire : "Ce bréviaire est à moi", car vous n’en avez que l’usage. Notre-Seigneur s’en allait de village en village sans sac ni besace, et même, au commencement, il défendait d’avoir deux tuniques, tant il était amateur de la pauvreté. Je recommande donc, mes frères, que nous tâchions de l’imiter en cette pauvreté. Qu’allant en une autre maison, on emporte ses écrits, à la bonne heure, cela est permis en toute communauté bien réglée, mais non des livres ; vous en trouverez assez partout ; vous n’irez dans aucune de nos maisons, grâces à Dieu, que vous n’en trouviez à suffisance pour composer des sermons selon notre façon Quant aux livres que ceux des autres communautés bien réglées ont dans leurs chambres, et qui leur sont nécessaires pour composer, s’ils vont aux champs, voici comment on fait : on les baille à garder au supérieur ou à l’assistant, qui les prend ou les laisse à garder dans la chambre même, qu’il ferme d’un cadenas. Je prie un chacun d’agir ainsi.

 

 

 

Article 10. — Et parce qu’on peut pécher contre le vertu de pauvreté par le seul désir déréglé d’avoir des biens temporels, un chacun se donnera soigneusement de garde que ce mal ne se saisisse de son cœur, même à l’égard des bénéfices, qu’il pourrait rechercher sous couleur de quelque bien spirituel à faire. Et partant il n’aspirera pas même à aucun bénéfice, ou dignité ecclésiastique, quelque prétexte qu’il puisse avoir.

 

 

 

Nous devons nous contenter de cela pour le présent. J’ai fait un petit recueil ; je vous prie, supportez-moi, que je voie si j’ai tout dit. Il lut tout bas son papier, et après il dit : Voilà qui est tout, Dieu soit béni ! Voilà neuf heures sonnées ; il faut se retirer ; nous n’aurons pas le temps de vous parler des moyens de pratiquer cette sainte pauvreté et d’éviter les fautes que je viens de dire. Le premier moyen, mes frères, c’est de nous donner à Dieu, de lui donner toute la Compagnie, à ce qu’il lui plaise nous faire la grâce d’avoir cette sainte pauvreté. Nous la devons avoir : 1° parce que nous l’avons promis ; 2° à cause de ce qu’il y a de divin en cette vertu ; 3° parce que d’elle dépend le bon ordre de la Compagnie. Si nous tâchons de bien pratiquer cette vertu, notre postérité s’en ressentira, en bénira Dieu, la pratiquera aussi. Si nous ne la pratiquons pas, nos successeurs ne le feront pas non plus, de sorte que nous en serons responsables au jugement de Dieu, nous tous dis-je, si nous ne faisons pas notre possible, de parole et d’exemple, afin que cette vertu de pauvreté soit en vigueur parmi nous.

 

 

 

O mes frères, quand nous irons devant Dieu avec cette belle robe de la pauvreté, quelle consolation ! Nous serons cause que la postérité s’établira là dedans comme dans son fort, oui, son fort, car c’est la pratique de la pauvreté qui conserve et fortifie les maisons et les Compagnies, comme, au contraire, c’est la propriété qui les perd ; l’expérience n’en est que trop sensible et funeste ! O mon Sauveur, plaise à votre infinie bonté nous conserver et nous augmenter en la pratique de cette vertu ! Nous sommes tous pères de ceux qui viendront après nous ; engendrons-les en ces exercices Oh ! qu’heureux serons-nous d’y avoir contribué ! Je vous conjure, mes frères, de vous y employer de parole et d’exemple. Nous, prêtres, nous y sommes plus obligés que les autres. Quand l’Église était dans cette pratique, en son commencement, les fidèles étaient tous des saints ; mais, dès qu’on commença à avoir du bien en propre et que les ecclésiastiques eurent des bénéfices en particulier, ce qui arriva sous le pape saint Télesphore, tout vint à dépérir. Les ecclésiastiques d’à présent ne sont plus que l’ombre des ecclésiastiques de ce temps heureux et de ce siècle d’or. Plaise à Dieu nous faire cette grâce de nous animer tous à la pratique de cette sainte vertu de pauvreté, qua, outre la récompense temporelle qui lui est promise, nous méritera l’éternelle !

 


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Published by Jean-Pierre - dans Archives CMV
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Q.C.M.

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Un jeu de connaissances auquel les téléspectateurs de toutes générations peuvent participer. Trois candidats viennent chaque semaine tenter de se qualifier pour la finale du mois. Ecriture, Histoire de l'Eglise, saints et témoins de la foi...l'occasion en cette année de la foi de tester - et d'enrichir ! - ses connaissances, en s'amusant, sous la conduite souriante de Charlie Clarck.

 

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Option préférentielle

Aux yeux de l'Eglise, l'"option préférentielle pour les pauvres" n'est pas un simple slogan.
C'est un impératif évangélique auquel j'ai essayé de me conformer tout au long de ma vie et de mes missions.
[...] Il est difficile de parler des pauvres -et aux pauvres- si l'on ne se solidarise pas avec leur vie.

Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
p. 216