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Dimanche prochaine avec MN Thabut

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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 20:23

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Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile.

 

 


 EVANGILE - La Passion de Jésus Christ selon saint Matthieu : Mt 26,14-27,66

26, 14 Alors, l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres 15 et leur dit : «Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ?» Ils lui proposèrent trente pièces d'argent.16 Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.17 Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : «Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ?»18 Il leur dit : «Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : 'Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.'» 19 Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.20 Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.21 Pendant le repas, il leur déclara : «Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer.»22 Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : «Serait-ce moi, Seigneur ?»23 Il leur répondit : «Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer.24 Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né !»25 Judas, celui qui le livrait, prit la parole : «Rabbi, serait-ce moi ?» Jésus lui répond : «C'est toi qui l'as dit !»26 Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : «Prenez, mangez : ceci est mon corps.»27 Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant : 28 «Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés.29 Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le royaume de mon Père.»30 Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.31 Alors Jésus leur dit : «Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. 32 Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée.»33 Pierre lui dit : «Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais.»34 Jésus reprit : «Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois.»35 Pierre lui dit : «Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas.» Et tous les disciples en dirent autant.36 Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : «Restez ici, pendant que je m'en vais là-bas pour prier.» 37 Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. 38 Il leur dit alors : «Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi.» 39 Il s'écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : «Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux.» 40 Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : «Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ?41 Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible.»42 Il retourna prier une deuxième fois : «Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite !» 43 Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.44 Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.45 Alors il revient vers les disciples et leur dit : «Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer ! La voici toute proche, l'heure où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs !46 Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre.»47 Jésus parlait encore, lorsque Judas, l'un des Douze, arriva, avec une grande foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple.48 Le traître leur avait donné un signe : «Celui que j'embrasserai, c'est lui : arrêtez-le.»49 Aussitôt, s'approchant de Jésus, il lui dit : «Salut, Rabbi !», et il l'embrassa.50 Jésus lui dit : «Mon ami, fais ta besogne.» Alors ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent.51 Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille.52 Jésus lui dit : «Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée.53 Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ?54 Mais alors, comment s'accompliraient les Écritures ? D'après elles, c'est ainsi que tout doit se passer.»55 A ce moment-là, Jésus dit aux foules : «Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m'arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais assis dans le Temple où j'enseignais, et vous ne m'avez pas arrêté.56 Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes.» Alors les disciples l'abandonnèrent tous et s'enfuirent.57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l'amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s'étaient réunis les scribes et les anciens.58 Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu'au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s'assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.59 Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort.60 Ils n'en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s'étaient présentés. Finalement il s'en présenta deux, 61 qui déclarèrent : «Cet homme a dit : 'Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.'»62 Alors le grand prêtre se leva et lui dit : «Tu ne réponds rien à tous ces témoignages portés contre toi ?»63 Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : «Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu.»64 Jésus lui répond : «C'est toi qui l'as dit ; mais en tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel.»65 Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème !66 Quel est votre avis ? » Ils répondirent : «Il mérite la mort.»67 Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups ; d'autres le giflèrent 68 en disant : «Fais-nous le prophète, Messie ! Qui est-ce qui t'a frappé ?» 69 Quant à Pierre, il était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui : «Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen !» 70 Mais il nia devant tout le monde : «Je ne sais pas ce que tu veux dire.»71 Comme il se retirait vers le portail, une autre le vit et dit aux gens qui étaient là : «Celui-ci était avec Jésus de Nazareth.»72 De nouveau, Pierre le nia : «Je jure que je ne connais pas cet homme.»73 Peu après, ceux qui se tenaient là s'approchèrent de Pierre : «Sûrement, toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ; d'ailleurs ton accent te trahit.»74 Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : «Je ne connais pas cet homme.» Aussitôt un coq chanta.75 Et Pierre se rappela ce que Jésus lui avait dit : «Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois.» Il sortit et pleura amèrement.27, 01 Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort.02 Après l'avoir ligoté, ils l'emmenèrent pour le livrer à Pilate, le gouverneur.03 Alors Judas, le traître, fut pris de remords en le voyant condamné ; il rapporta les trente pièces d'argent aux chefs des prêtres et aux anciens.04 Il leur dit : «J'ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : «Qu'est-ce que cela nous fait ? Cela te regarde !» 05 Jetant alors les pièces d'argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre.06 Les chefs des prêtres ramassèrent l'argent et se dirent : «Il n'est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c'est le prix du sang.»07 Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le Champ-du-Potier pour y enterrer les étrangers. 08 Voilà pourquoi ce champ a été appelé jusqu'à ce jour le Champ-du-Sang.09 Alors s'est accomplie la parole transmise par le prophète Jérémie : Ils prirent les trente pièces d'argent, le prix de celui qui fut mis à prix par les enfants d'Israël, 10 et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'avait ordonné.11 On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l'interrogea : «Es-tu le roi des Juifs ?» Jésus déclara : «C'est toi qui le dis.»12 Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l'accusaient, il ne répondit rien.13 Alors Pilate lui dit : «Tu n'entends pas tous les témoignages portés contre toi ?»14 Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.15 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.16 Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.17 La foule s'étant donc rassemblée, Pilate leur dit : «Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? Ou Jésus qu'on appelle le Messie ?»18 Il savait en effet que c'était par jalousie qu'on l'avait livré.19 Tandis qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : «Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste, car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui.» 20 Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.21 Le gouverneur reprit : «Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ?» Ils répondirent : «Barabbas !» 22 Il reprit : «Que ferai-je donc de Jésus, celui qu'on appelle le Messie ?» Ils répondirent tous : «Qu'on le crucifie !» 23 Il poursuivit : «Quel mal a-t-il donc fait ?» Ils criaient encore plus fort : «Qu'on le crucifie !»24 Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre ; alors il prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, en disant : «Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde !»25 Tout le peuple répondit : «Son sang, qu'il soit sur nous et sur nos enfants !» 26 Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu'il soit crucifié.27 Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.28 Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d'un manteau rouge.29 Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s'agenouillaient en lui disant : «Salut, roi des Juifs !»30 Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.31 Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.32 En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.33 Arrivés à l'endroit appelé Golgotha, c'est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire,34 ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.35 Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;36 et ils restaient là, assis, à le garder.37 Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation : «Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs.»38 En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l'un à droite et l'autre à gauche.39 Les passants l'injuriaient en hochant la tête : 40 «Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix !»41 De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : 42 «Il en a sauvé d'autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C'est le roi d'Israël : qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui !43 Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant s'il l'aime ! Car il a dit : 'Je suis Fils de Dieu.'»44 Les bandits crucifiés avec lui l'insultaient de la même manière.45 A partir de midi, l'obscurité se fit sur toute la terre jusqu'à trois heures.46 Vers trois heures, Jésus cria d'une voix forte : «Éli, Éli, lama sabactani ?», ce qui veut dire : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?»47 Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l'entendant : «Le voilà qui appelle le prophète Élie !»48 Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d'un roseau, et il lui donnait à boire.49 Les autres dirent : «Attends ! Nous verrons bien si Élie va venir le sauver.»50 Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit.51 Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.52 Les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,53 et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.54 A la vue du tremblement de terre et de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d'une grande crainte et dirent : «Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu !»55 Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.56 Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.57 Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d'Arimathie, qui s'appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus.58 Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre.59 Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul neuf, 60 et le déposa dans le tombeau qu'il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla.61 Cependant Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.62 Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s'assemblèrent chez Pilate, 63 en disant : «Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : 'Trois jours après, je ressusciterai.'64 Donne donc l'ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : 'Il est ressuscité d'entre les morts.' Cette dernière imposture serait pire que la première.»65 Pilate leur déclara : «Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez.» 66 Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.

 

Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Chaque année, pour le dimanche des Rameaux, nous lisons le récit de la Passion dans l'un des trois Evangiles synoptiques ; cette année, c'est donc dans l'Evangile de Matthieu. Je vous propose de nous arrêter aux épisodes qui sont propres à Matthieu ; bien sûr, dans les grandes lignes, les quatre récits de la Passion sont très semblables ; mais si on regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit que chacun des Evangélistes a ses accents propres. Ce n'est pas étonnant : on sait bien que plusieurs témoins d'un même événement racontent les faits chacun à leur manière ; eh bien, les évangélistes rapportent l'événement de la Passion du Christ de quatre manières différentes : ils ne retiennent pas les mêmes épisodes ni les mêmes phrases ; voici donc ce qui me paraît caractéristique de Matthieu. 

 

Tout d'abord, on a bien l'impression que Matthieu veut mettre en évidence ce qui lui a paru être le terrible paradoxe de ce drame : à savoir que, en dehors de sa famille, et de ses quelques disciples, la majorité des Juifs, c'est-à-dire ceux qui auraient dû être les plus proches de Jésus, l'ont méconnu, méprisé, humilié. Et que, en revanche, ce sont les autres, les païens, qui, sans le savoir, lui ont donné ses véritables titres de noblesse. 

 

Car l'une des insistances de ce texte est bien l'abondance des titres donnés à Jésus dans ces quelques lignes, qui représentent quelques heures, ses dernières heures de vie terrestre. Cet homme anéanti, blessé dans son corps et dans sa dignité, honni, accusé de blasphème, ce qui est le pire des péchés pour ses compatriotes... est en même temps honoré bien involontairement par des étrangers qui lui décernent les plus hauts titres de la religion juive. Je vous propose donc tout simplement de reprendre le récit de la Passion chez Saint Matthieu, et d'y lire les titres de Jésus : Roi des Juifs, Messie, Juste, et pour finir, Fils de Dieu. 

 

Premier titre : Roi des Juifs d'abord : le gouverneur Pilate lui demande : «Es-tu le roi des Juifs ?» Jésus répond «C'est toi qui le dis» et il semble bien que ce soit une manière d'acquiescer. Dans l'évangile de Matthieu, ce seront presque ses dernières paroles avant sa mort : pendant la fin de son procès et son exécution, il ne dira plus rien et juste au moment de mourir, il dira seulement une prière de son peuple, celle du psaume 21/22 «Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?» dont nous avons vu qu'elle est l'action de grâce du peuple d'Israël qui reconnaît que Dieu l'a toujours sauvé, même dans les pires dangers. 

 

Ce titre de roi des Juifs lui sera encore appliqué trois fois, mais toujours de manière ironique pour l'insulter, pour ridiculiser ses prétentions. Ce sont les soldats romains, d'abord, qui s'en donnent à cœur joie : ils le déguisent en roi ; alors qu'il vient d'être flagellé, on lui met un manteau rouge, on improvise une couronne, un sceptre, on s'agenouille devant lui, on lui rend les hommages soi-disant dus à son rang... On imagine dans quel état d'esprit, après la Résurrection, les chrétiens pouvaient se remémorer cette sinistre comédie : conçue pour l'humilier, elle ne pouvait effacer l'éclat de sa véritable royauté. C'est le même Matthieu qui a rapporté la phrase de Jésus : «Les puissances de la mort ne l'emporteront pas»...

 

Puis c'est l'écriteau, à même la croix, qui affirme «Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs». Matthieu a déjà eu l'occasion de dire à ses lecteurs le sens du nom de Jésus ; quand il avait annoncé cette naissance à Joseph, il lui avait dit «Tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés» (Mt 1,21). On a donc ici, sur ce simple écriteau tout le mystère de Jésus : roi et sauveur de son peuple ; c'est bien ce qu'on attendait du Messie. Enfin, les autorités religieuses, chefs des prêtres, scribes et anciens, affirment à leur tour «c'est le roi d'Israël», toujours pour le ridiculiser bien sûr, mais par son insistance, Matthieu nous laisse entendre «Ils ne savent pas si bien dire!»

 

Deuxième titre : Messie : il lui est donné par Pilate deux fois et ces deux fois encadrent une affirmation tout aussi importante concernant Jésus, dite par la femme de Pilate, donc une païenne ; elle a eu une révélation, elle parle de songe (et on sait l'importance des songes, chez Matthieu). La voilà qui décerne à Jésus le titre le plus noble de tout l'Ancien Testament, celui d'homme « juste ». Elle non plus ne sait pas la portée des mots qu'elle prononce mais les Chrétiens célébrant quelques années plus tard (et même encore maintenant) l'événement de la mort et de la Résurrection du Christ sont bien obligés de reconnaître que ce sont des païens, des ressortissants du peuple occupant, qui, les premiers, ont dit la vérité de Jésus au moment même où, apparemment, il était rayé de l'histoire du monde.

 

Enfin, troisième titre, celui de Fils de Dieu. Il lui est d'abord décerné par pure dérision, pour l'humilier encore : par les passants qui font cruellement remarquer à l'agonisant le contraste entre la grandeur du titre et son impuissance définitive ; puis ce sont de nouveau les chefs des prêtres, les scribes et les anciens qui le défient : si, réellement, il était le Fils de Dieu, il n'en serait pas là. Et il est vrai que certaines phrases de l'Ancien Testament étaient habituellement lues dans ce sens. Mais ce même titre va lui être finalement décerné par le centurion romain : et alors il résonne comme une véritable profession de foi : «Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu».

 

Ici, il semble que ce titre donné à Jésus soit vraiment l'aboutissement du récit. Cette phrase préfigure déjà la conversion des païens, et nous comprenons le message de Saint Matthieu : pour lui, la mort du Christ n'est pas un échec, elle est une victoire. Si Matthieu accentue le contraste entre la faiblesse du condamné et la grandeur que certains païens lui reconnaissent quand même, c'est pour nous faire comprendre ce qui est à première vue impensable : c'est dans sa faiblesse même que Jésus manifeste sa vraie grandeur, qui est celle de Dieu, c'est-à-dire de l'amour infini. Ce n'est pas la gloire malgré la croix ou la gloire méritée par la croix comme une sorte de compensation ; c'est la gloire dans et par la croix : parce que révélation du suprême amour, c'est-à-dire révélation du Dieu d'amour. Jésus avait donné le sens de sa mort quand il avait dit «Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» ; on comprend mieux alors cette phrase qu'il dira trois jours plus tard aux disciples d'Emmaüs «Ne fallait-il pas que le Fils de l'Homme souffrît pour entrer dans sa gloire ?» c'est-à-dire pour révéler l'amour de Dieu ?

 

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Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
p. 216