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Dimanche prochaine avec MN Thabut

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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 10:32

Bettelheim-Bruno-La-Forteresse-Vide.jpg 

résumé du livre par "psy en ligne" en cliquant sur la photo

 

CONDITIONNEMENTS – RENFORCATEURS

Bruno Bettelheim, « La forteresse vide » pp. 742-746 (édition Folio Essais)

 

 

J’aimerais maintenant faire quelques commentaires sur des tentatives de conditionnement dont l’enfant autistique est actuellement l’objet, c’est-à-dire des tentatives visant à créer chez lui des réactions conditionnées par des punitions et des récompenses. Cette méthode réussit à abattre temporairement les défenses de l’enfant contre les frustrations de la réalité et l’oblige à agir. Mais les actions ne viennent pas de l’enfant. Ce sont celles qui sont voulues par l’expérimentateur, c’est-à-dire que ces actions ne sont que des réponses conditionnées. L’enfant autistique est donc mis au même niveau que les chiens de Pavlov.

 

Je citerai une récente description de cette méthode de conditionnement [Lovaas, Berberich, Perloff, Schaeffer, 1966] :

 

L’apprentissage s’effectue six jours par semaine à raison de sept heures par jour, avec un repos d’un quart d’heure après chaque heure d’apprentissage. Pendant les séances, l’enfant et l’adulte sont assis face à face, leurs têtes étant à environ trente centimètres l’une de l’autre. L’adulte empêche physiquement l’enfant d’échapper à la situation d’apprentissage en lui maintenant les jambes entre les siennes. La récompense, sous la forme d’une cuillère du repas de l’enfant, est donnée immédiatement après une réponse correcte. La punition (fessée, cris de l’adulte) est administrée en cas de colère, d’inattention ou de tentatives d’autodestruction, ou tout autre comportement qui gêne l’apprentissage. La plus grande partie de ces comportements sont ainsi supprimés en moins d’une semaine.

 

Ce « dressage » des enfants autistiques muets ne mène pas, selon les auteurs, à la parole mais seulement à l’« imitation verbale », c’est-à-dire à l’écholalie, qui est un symptôme de l’autisme au même titre que le mutisme. L’apprentissage ne fait donc qu’ajouter un symptôme à ceux qui sont déjà présents.

 

Notre méthode porte sur l’acquisition d’un seul aspect de la parole : les réponses vocales. Le développement de la parole exige aussi l’acquisition de la notion de contexte approprié à ces réponses (le « sens »).

 

Cela n’est vrai que dans la mesure où l’on considère l’écholalie (symptôme typique des psychoses) comme une réponse ; sans quoi, on ne peut pas dire qu’un tel apprentissage entraîne des réponses vocales. Les auteurs doivent donc reconnaître que leur méthode « d’apprentissage » ne conduit pas, chez l’enfant, à la parole dirigée. On ne peut pas obliger un enfant à parler, dans le sens de communiquer. La parole ne peut être acquise que lorsqu’elle résulter des relations personnelles. Imposer l’écholalie à l’enfant, en le soudoyant, en criant ou en lui donnant des fessées ne mène qu’à une plus grande déshumanisation.

 

Ce genre de tentative part de l’observation correcte que l’enfant, dans l’autisme infantile, évite de faire face à la réalité. Sans chercher à connaître la raison de ce comportement, c’est-à-dire sans s’intéresser à la cause de la maladie, le conditionnement vie à obtenir rapidement des résultats, quelle que soit la blessure définitive qu’il inflige. Ces malheureux enfants sont traités comme des objets. Ils sont vus en dehors de tout cadre de référence embrassant la totalité de l’expérience humaine. Après avoir observé correctement que l’enfant autistique ne permet pas à la réalité pénible de pénétrer dans son monde, on décide de lui imposer une réalité encore plus pénible.

 

Le choc est après tout une des plus anciennes méthodes de traitement psychiatrique. Elle trouve des partisans à chaque génération, et cela pour plusieurs raisons. La première, souvent invoquée, est que cette méthode donne des résultats. En enlevant au malade le peu d’humanité qui lui reste, elle le rend plus malléable par l’intermédiaire de la peur ou de la souffrance intense qu’elle provoque. Il importe peu que le résultat soit obtenu par le bain, le fouet ou les chaînes, comme à une époque reculée, ou en notre époque technologique par des procédés médicaux comme la lobotomie ou l’électrochoc.

 

La deuxième, peu souvent invoquée, est qu’elle satisfait un désir de punir des objets récalcitrants ; je dis objets car le fait de les considérer comme des personnes exclurait l’utilisation de pareilles méthodes. On supprime aussi efficacement la liberté de choisir en créant chez le malade des réactions conditionnées qu’en détruisant une partie de son cerveau. On peut sans doute dire du conditionnement ce qui a été dit de la lobotomie : « la lobotomie change un désordre fonctionnel qui est potentiellement guérissable en un désordre organique pour lequel nous n’avons aucun traitement » [Freeman, 1959]. C’est précisément pour cette raison que la lobotomie a été interdite dès 1951 par le ministère de la Santé en U.R.S.S. (décret sur l’interdiction de la lobotomie, 1951), pays pourtant très en retard sur le monde occidental quant à la reconnaissance des processus inconscients et quant à leur thérapeutique fondée sur les découvertes de Freud.

 

Chaque fois que l’on démantèle les défenses d’un malade, sans se demander pourquoi il a besoin de ces défenses et contre quoi il les a élaborées, on obtient certainement un résultat, mais on n’obtient jamais la guérison, c’est-à-dire une existence humaine impliquant des choix. Pour ce faire, il faut, dans le cas de l’autisme infantile, que l’enfant soit convaincu par des expériences positives qu’il ne court aucun danger en renonçant peu à peu à ses défenses autistiques. Il y renonce parce qu’il dispose d’expériences nouvelles et gratifiantes et non parce qu’une machine lui donne des bonbons. Il y renonce parce que des relations humaines satisfaisantes sont mises à sa portée et non parce que des leviers sont placés au bon endroit. Pour obtenir ce résultat, il nous faut, les observations précédentes nous l’ont montré, dépenser beaucoup plus d’énergie spirituelle que pour faire des électrochocs ou pour offrir un bonbon chaque fois que l’enfant a appuyé sur la bonne manette.

 

A certains égards, secouer l’enfant autistique par des réactions conditionnées me rappelle une des premières idées de Harlow [1958] qui pensait qu’une mère en tissu-éponge serait une bonne mère, parce que source de sécurité pour l’enfant, et même une meilleure mère que la vraie mère. Cependant il s’avéra que les bébés singes élevés par des objets en tissu-éponge ne devenaient jamais des singes adultes viables. Les méthodes de conditionnement peuvent changer un enfant autistique en un automate plus docile. Dieu sait que le comportement d’Anna pouvait être épouvantable par moments, mais mieux vaut laisser un tel enfant décider des réactions dont il a besoin pour se sentir capable de vivre à un moment donné que de l’entraîner à vivre une existence conditionnée parce que cette dernière convient mieux à son entourage.

 

Bruno Bettelheim, 1967

 

Traction par Roland Humery

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Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
p. 216