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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 06:36

LES FRACTURES SOCIALES

par le Père Alain Pérez

Prêtre de la Mission

Conférence du jeudi 30 mars 2006

 

On a beaucoup parlé, théorisé sur les fractures sociales dans la société d’aujourd’hui. Des études, des enquêtes, des statistiques ont été faites et sans doute, bien faites. Mais, ces dossiers si utiles pour des techniciens, des initiés, parlent moins au commun des mortels que les pages des journaux qui sont comme le miroir des souffrances contemporaines. Par exemple : un millier de salariés d’un groupe informatique performant à qui l’on annonce leur licenciement ou la découverte, chez elle, d’une vieille dame seule, décédée depuis plusieurs jours ...

 

Dans le passé, les guerres et les maladies faisaient partie des épreuves collectives les plus importantes de l’Europe. Aujourd’hui, la souffrance physique est de mieux en mieux prise en charge dans les hôpitaux. Quant aux guerres, à part quelques exceptions, elles se mènent sur le plan de l’économie.

 

Ainsi l’économiste Jacques Rigaudiat, estime que le fait majeur de notre temps est : « la montée des précarités et, avec elles, celles des insécurités sociales et économiques » (Revue de Droit Social, mars 2005). Et, pour beaucoup de nos contemporains, la société est vécue comme précaire, incertaine, voire injuste.

 

Mais qu’est-ce que la fracture sociale ? Selon Xavier Emmanuelli, ancien secrétaire d’Etat à l’action humanitaire d’urgence, et président fondateur du Samu Social, « le terme est apparu sur la scène politique et médiatique lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 1995, en devenant le slogan du candidat Jacques Chirac. Ce candidat avait fait sienne une note du sociologue Emmanuel Todd, qui n’était d’ailleurs pas impliqué dans la campagne et qui analysait le malaise politique français constaté depuis 1981. Il évoquait à ce propos le « désarroi populaire. »

 

Dans son livre-programme, « La France pour tous », le candidat Jacques Chirac reprenait cette analyse en ces termes : « La France souffre d’un mal plus profond que ne l’imaginent les acteurs politiques, les responsables économiques, les intellectuels en vogue et les célébrités du système médiatique. Le peuple a perdu confiance. Son désarroi  l’incite à la résignation ; il risque de l’inciter à la colère. Tous les indicateurs en révèlent les symptômes, mais aucune thérapie n’est prescrite parce que trop de responsables raisonnent sur des chiffres, pas sur des hommes. Or, les chiffres en eux-mêmes n’expriment pas la gravité de la fracture sociale qui menace - je pèse mes mots - l’unité nationale. »

 

Donc, dès son apparition, le vocable « fracture sociale » est connoté politiquement et veut incarner un programme politique porté par un candidat. Au-delà du slogan politique, essayons maintenant d’analyser ces fractures sociales. Et, tout d’abord, comment ont surgi ces précarités ? Elles sont nées (entre autres), des recompositions de la famille et des mutations du travail.

1.

Concrètement : en 30 ans, le nombre de personnes seules a doublé ! De 6,1% de la population en 1962 à 12,6% en 1999. D’après un rapport sur l’isolement remis par Christine Boutin au Premier ministre, après la canicule de l’été 2003, « aujourd’hui, 8 millions de personnes habitent seules. Un ménage sur 3 (compris au sens de foyer économique) est composé d’une personne seule, contre un sur quatre en 1990 . » Selon l’INSEE, est considérée comme « isolée une personne qui a, au plus, quatre contacts différents au cours de la semaine. »

 

Il est certain que vivre seul n’engendre pas forcément un sentiment de solitude. Cependant, l’isolement relationnel engendre très souvent un mal être chez les personnes les plus isolées. Ces personnes sont issues d’ailleurs des catégories les plus défavorisées : chômeurs de longue durée, chefs de famille monoparentale et personnes âgées. De plus la précarité relationnelle est amplifiée par la précarité économique. Par exemple, en France, toujours selon l’économiste Jacques Rigaudiat, « depuis vingt ans, il y a multiplication par six du nombre de CDD, par quatre de l’intérim, alors que dans le même temps le nombre de salariés en CDI ou en emplois publics statutaires ne progressait, lui, que de 12%. »

 

Encore quelques chiffres significatifs : en France, un jeune sur quatre est au chômage. Cinq millions de jeunes de 15 à 29 ans étaient entrés dans la vie active en 2004 ; ils représentent 48,5% de cette classe d’âge et 20% de l’ensemble de la population active. Le taux de chômage des moins de 25 ans est de 23% (juillet 2005), mais de 38% dans les zones urbaines sensibles. Le taux de chômage des étrangers est le double de celui de la population active. Il varie, chez les jeunes issus de l’immigration, de 37 à 57% selon leurs origines. Soixante mille jeunes sortent chaque année du système éducatif sans aucune qualification. (Source enquête du Cereq « Génération 2001 », 2004) ( La Croix du 7 décembre 2005).

 

Conséquence de cette augmentation de la précarité : une fragilisation des personnes. En effet, les personnes se trouvent aujourd’hui confrontées à l’incertitude du lendemain, à la difficulté de s’adapter à un monde en évolution constante. Ce climat social favorise chez les personnes fragilisées, un mal-être qui conduit à une augmentation visible de la souffrance psychique. Leur souffrance psychique se caractérise par une mauvaise image de soi, un sentiment d’inutilité sociale ...

 

Sont donc en situation de précarité, non seulement les personnes à revenus faibles ou irréguliers, mais aussi celles qui vivent sans perspectives, qui connaissent l’angoisse face à la société qui semble aller plus vite que l’homme, ses connaissances, ses capacités d’action. Depuis les années 1970, la société française a subi de profondes transformations avec l’automatisation, l’informatisation et les délocalisations qui ont provoqué un chômage de masse.

 

Celui-ci s’est combiné avec la généralisation du recours aux intérimaires et aux contrats temporaires. Ces deux facteurs ont augmenté la précarisation des conditions de vie des milieux populaires et cette déstructuration de la société salariale a touché surtout les jeunes. Cette précarisation bouleverse toute leur vie et provoque une indétermination quant à leur avenir. Il devient alors très difficile de faire des projets à long terme (immobiliers, matrimoniaux, loisirs.) Leur existence se trouve enfermée dans le présent et soumise à la débrouille quotidienne.

 

Les salariés eux-mêmes sentent souvent peser sur eux la menace du licenciement et ils vivent la peur qui casse la réciprocité et la solidarité entre les travailleurs. La dégradation du vivre ensemble est aujourd’hui l’une des principales causes de mal-être.

 

Chacun s’enferme dans sa souffrance et elle grandit d’autant plus qu’il ne la partage pas avec ses collègues. Pour survivre, on cherche alors des stratégies de défense, afin de se blinder contre le spectacle de la souffrance d’autrui. Parmi les stratégies de défense, il y a le consumérisme, le repli dans le cocon social ou familial, le recours aux drogues ... ou aux antidépresseurs.

 

Face aux problèmes du chômage et de l’emploi précaire se superpose souvent l’exclusion d’un enfermement ethnique ou communautaire. Nous assistons aujourd’hui à la ghettoïsation des banlieues. Nous assistons à un mouvement de toute la société où chacun, dans l’angoisse d’un déclassement social, cherche à se retrouver avec ceux qui lui ressemblent, ceux qui ont les mêmes moyens, la même éducation, les mêmes « valeurs ». Des « politiques de la ville »  ont tenté de s’attaquer à ces problèmes. Elles ont eu le mérite d’exister et d’empêcher les quartiers « défavorisés » de sombrer dans un chaos total. Cependant, un des effets négatifs de ces politiques urbaines a été de concentrer, dans les quartiers périphériques, des familles nombreuses, le plus souvent immigrées et marquées par une grande précarité.

 

Depuis les troubles des Minguettes, en 1983, ce mouvement de parcage social s’est rigidifié pour provoquer une ghettoïsation des quartiers défavorisés. Comment, dès lors, s’étonner de la révolte des jeunes des banlieues en octobre et novembre 2005 ? Cette révolte ne peut s’expliquer par le fait d’une manipulation par des islamistes radicaux ou par des groupes mafieux organisés. D’ailleurs le rapport de la Direction centrale des renseignements généraux, daté du 23 novembre 2005, confirme clairement que ce mouvement n’était ni organisé ni manipulé, mais qu’il s’apparentait à une « révolte populaire des cités » et que le principal ressort des émeutiers était « leur condition sociale d’exclus de la société française ».

 

Aujourd’hui, en France, le problème de société n’est pas tant l’inégalité de revenu, que les inégalités d’accès au marché de l’emploi. La protestation des jeunes en novembre 2005 ne s’explique pas par le désir d’obtenir quelque chose, comme dans un conflit social. Cette protestation est fondamentalement liée à l’absence de perspectives de travail et elle est aussi un appel désespéré à la société, un appel à l’intégration. Les jeunes qui accèdent à un emploi n’étaient pas dans la rue. « Ceux qui ont brûlé des voitures sont ceux qui sont le plus enfermés dans le sentiment d’un destin clos. L’objectif est la demande de reconnaissance et non le refus du modèle » disait Danièle Hervieu-Léger, présidente de l’école des hautes études en sciences sociales.

 

Un phénomène nouveau de cette révolte a été le fait de brûler des écoles. Selon Danièle Hervieu-Léger, « Autrefois l’école était sanctuarisée car elle représentait précisément la possible issue pour sortir du territoire. La situation s’est inversée. L’école devient le symbole du lieu où l’on vous oblige à vivre sans espoir d’en sortir. »

Ainsi, les jeunes en échec scolaire sont ceux qui éprouvent le plus fortement le sentiment que le système les assigne à cette vie en ghetto.

 

Trop de jeunes aujourd’hui sont sans espoir. Ils ont besoin de confiance, d’encouragements et d’un dialogue qui ne soit pas seulement de circonstance. Leurs questions de fond sont simples : « Est-ce que vous nous aimez ? Est-ce que vous croyez en nous ? Est-ce que vous êtes prêts à nous faire et à nous refaire confiance?  » Les jeunes aspirent au respect, à exister, à être écoutés. Ils aspirent à trouver une chance d’accéder normalement à un avenir quand tout est bouché pour eux, parfois, seulement du fait du prénom qu’ils portent ou du numéro de leur département. Comment y aurait-il un sens et un repère pour eux, une identité même puisque parfois, c’est leur nom qui les exclut ?

 

Oui, plus d’un jeune aujourd’hui pourrait reprendre à son compte la chanson de Mylène Farmer : « Je suis d’une génération désenchantée. »...

 

Dans la lettre des Semaines Sociales de janvier 2006, Michel Camdessus s’interroge à propos de la crise des banlieues : « Bien sûr, dans ce temps de répit qui s’amorce, de nouvelles mesures vont être prises, des crédits seront mis en place, mais maintiendrons-nous notre effort assez durablement, ferons-nous en sorte que chacun se sente objet d’attention personnelle, d’une attente fraternelle de l’autre, qu’un horizon lui soit ouvert, que l’art du vivre ensemble soit patiemment retrouvé ? C’est nous tous, toute notre société qui  doit faire retour sur elle-même, et face à de tels dangers, repérer et saisir les chances nouvelles. »

 

La crise des banlieues a été le révélateur des fractures sociales qui existent dans notre pays. J’ai essayé de partager avec vous quelques analyses. Ces analyses ne sont pas exhaustives, j’en suis bien conscient ! Cependant, elles pourraient peut-être nous aider tous à prendre conscience, avec Bruno Frappat, journaliste à La Croix, que « ce qui manque le plus aujourd’hui relève de deux champs différents : la politique économique, la politique de ce qu’on pourrait appeler la considération. Il manque aujourd’hui de l’emploi et de la tendresse. Le choix est entre un pays qui tremble devant une partie de sa jeunesse et un pays qui commencerait à lui dire : je t’aime et je compte sur toi. » (La Croix, 7 novembre 2005).

 

Le défi est donc posé ! L’enseignement catholique n’est-il pas à même de relever ce défit ? En tout cas, le cardinal Panafieu, archevêque de Marseille, lui propose des pistes intéressantes quand il écrit : « Il ne s’agit pas de laisser se perdre ce qui fait l’originalité de l’Enseignement catholique et qui justifie son existence et le soutien que lui apportent de nombreuses familles. Il est bien évident que l’on ne peut accepter que l’Enseignement catholique perde son âme. Par exemple, peut-on dire que l’Enseignement catholique est fidèle à ses sources et à son histoire s’il est simplement une « boîte à bac », s’il n’est pas une vraie communauté éducative, s’il n’honore pas la dimension spirituelle de l’homme, s’il n’ouvre pas à la question de Dieu et ne propose pas la foi au Christ comme sens de la vie, s’il n’est pas attentif aux plus défavorisés, s’il n’est pas accueillant à tous les jeunes sans discrimination, bref, si le climat dans lequel il s’inscrit n’est pas fondé sur les Béatitudes ?

 
http://varef.chez-alice.fr/Perez_Les_fractures_sociales.doc

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Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
p. 216