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Noël

 

 

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Dimanche prochaine avec MN Thabut

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Mme Marie Noelle Thabut

MN Thabut 03

On n'oblige pas le piéton...

Je me garderai bien de juger une personne.

Je me fais seulement l’écho de l’enseignement habituel de l’Eglise qui rappelle les principes fondamentaux capables d’éclairer la route de ses fidèles. En installant un lampadaire pour éclairer le trottoir, on n’oblige pas le piéton à marcher sur ce trottoir.

D'après une rubrique du Carême par Serviam
25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 05:12

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Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile.

 


EVANGILE - Matthieu 6, 24-34

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : 24 «Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. 25 C'est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? 26 Regardez les oiseaux du ciel ; ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? 27 D'ailleurs, qui d'entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ? 28 Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : Ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. 29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas habillé comme l'un d'eux. 30 Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? 31 Ne vous faites donc pas tant de souci : ne dites pas : Qu'allons-nous manger ? ou bien : Qu'allons-nous boire ? ou encore : Avec quoi nous habiller ? 32 Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché. 34 Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine.»

On ne s'étonne pas que Jésus ait, à plusieurs reprises, abordé les questions d'argent, puisque c'est bien l'une des préoccupations majeures des hommes ; mais il me semble qu'il y a, dans le discours de Jésus, beaucoup plus que des considérations de sagesse. J'y lis au moins trois insistances : un appel à la liberté, une invitation à vérifier nos priorités et enfin une consigne de confiance. 

 

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Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Un appel à la liberté, d'abord. Celui qui n'avait «pas même une pierre pour reposer sa tête» jouissait d'une liberté totale de mouvement. On sait, à l'inverse, combien certains se voient obligés de consacrer leur temps et leur énergie à gérer leur fortune. Nous désirons la richesse parce que nous y voyons un moyen d'être libres et heureux (et le but est louable, en soi), mais l'inverse peut se produire, quand nous en devenons esclaves. Ce que l'on possède pourrait bien nous posséder, en définitive. 

 

Parce que ce problème est de tous les temps, de nombreux auteurs bibliques l'ont abordé, chacun dans son style. Je vous lis ce qu'en dit le livre du Siracide : «Le souci entraîne une vieillesse prématurée» (Si 30,24) et un peu plus loin «L'insomnie que cause la richesse finit par décharner quelqu'un, le souci qu'elle apporte éloigne le sommeil.» (Si 31,1). Chez nous, la sagesse populaire, elle aussi, dit bien que «L'argent est un bon serviteur mais un mauvais maître» ; et c'est ce dernier terme que le texte original de notre évangile emploie : l'argent, il le dit Mamon, c'était le nom d'une puissance qui asservit le monde. Nous plier sous sa loi, c'est perdre notre liberté et notre joie. 

 

Deuxièmement, Jésus nous invite à vérifier nos priorités : «Cherchez d'abord son Royaume et sa justice». Le vrai trésor de nos vies, la vraie perle (pour reprendre des expressions de Jésus lui-même, cf Mt 13,44-46), notre unique raison de vivre et de mourir, c'est le projet de Dieu, qui nous est révélé dans sa Parole. Nous pouvons nous occuper à autre chose, cela nous arrive, mais, tôt ou tard, nous lui revenons, parce que nous savons comme Pierre, que lui seul «a les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Dans la première lettre aux Corinthiens (notre deuxième lecture), Paul nous décernait le beau titre «d'intendants des mystères de Dieu». Ici, Jésus nous invite à rester fidèles à cette vocation et à ne pas nous tromper de métier ou de priorités, si vous préférez. «Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur», disait-il. D'ailleurs on peut remarquer ceci : cette partie du discours sur la montagne consacrée à la question de la richesse intervient après l'enseignement du Notre Père : or, dans le Notre Père, justement, les demandes sur la venue du Règne («Que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel») précèdent la demande du pain quotidien. 

 

Enfin, troisièmement, et c'est la clé de tout, peut-être, Jésus nous invite à la confiance. Si Dieu est Père, comme tout le discours sur la montagne le développe, nous pouvons nous remettre entre ses mains. A cinq reprises, dans ces quelques lignes, il emploie le même verbe en grec que nos traductions rendent par le mot «souci» ou le verbe «se soucier». Pour illustrer son propos, il nous donne en exemple les oiseaux du ciel et les lis des champs. Puisqu'ils ont été créés par Dieu, on peut bien penser qu'ils ont leur fonction dans la création, un rôle bienfaisant à tenir dans lequel ils sont indispensables. 

 

C'est encore plus vrai de l'homme, évidemment. Chaque homme est un collaborateur de Dieu et son travail consiste à gérer les richesses qu'il lui confie : «Emplissez la terre et dominez-la», avait dit le Créateur au premier couple humain (Gn 1,28). C'est justement parce que l'homme est le «lieu-tenant» de Dieu qu'il peut, en toutes circonstances, garder la sérénité : «Regardez les oiseaux du ciel... votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?... Observez comment poussent les lis des champs... Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?»

 

 

Je reviens aux demandes du Notre Père : «Donne-nous notre pain... Pardonne-nous... Délivre-nous du mal.» Ce sont des paroles de confiance absolue. Les versets que nous lisons ici ne font que commenter cette confiance qui est le tout de la vie du croyant. Une seule chose compte : entrer dans les vues de Dieu, s'attacher à son projet et tout faire pour y correspondre : «Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché.» En d'autres termes, ajustez (c'est le sens profond du mot «justice») votre conduite à la pensée même de Dieu, à son dessein d'amour, devenez-en de plus en plus les artisans pour la petite part qui vous revient de cette tâche. Pour le reste, ne cessez pas de lui faire confiance, «votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez» (Mt 6,8).

 


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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 06:23

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Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile.

 


EVANGILE - Matthieu 5,38-48

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : 38 «Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. 39 Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre.40 Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.41 Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.42 Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter.43 Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.44 Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, 45 afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ?47 Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? 48 Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait».

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Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Une précision de vocabulaire pour commencer : Jésus dit : «Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.» En réalité, vous ne trouverez nulle part dans l'Ancien Testament le commandement de haïr nos ennemis et Jésus le sait mieux que nous. Mais c'est une manière de parler en hébreu ; cela veut dire : commence déjà par aimer ton prochain. L'ambition reste modeste, mais c'est un premier pas. Dans le texte d'aujourd'hui, justement, il nous invite à franchir une deuxième étape. L'amour du prochain doit être acquis, il invite à aimer désormais également nos ennemis. 

 

Une autre maxime nous choque dans l'évangile d'aujourd'hui : Jésus dit : «Vous avez appris qu'il a été dit 'Œil pour œil, dent pour dent'» (ce que nous appelons la loi du talion) : effectivement, cette maxime est dans l'Ancien Testament (qui ne l'a pas inventée, d'ailleurs : on la trouvait déjà dans le code d'Hammourabi en 1750 av. J.C. en Mésopotamie) ; elle nous paraît cruelle ; mais il ne faut pas oublier dans quel contexte elle est née : elle représentait alors un progrès considérable ! Rappelez-vous d'où on venait : Caïn, qui se vengeait sept fois et, cinq générations plus tard, son descendant Lamek se faisait une gloire de se venger soixante-dix-sept fois ; vous connaissez la chanson de Lamek à ses deux femmes, Ada et Cilla : «Ada et Cilla, écoutez ma voix ! Femmes de Lamek, tendez l'oreille à mon dire ! Oui, j'ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois». 

 

En Israël, la loi du talion apparaît dans le livre de l'Exode pour imposer une réglementation de la vengeance : désormais le châtiment est limité, il doit rester proportionnel à l'offense. «Si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.» (Ex 21,23-25). C'est déjà un progrès, ce ne sont plus la haine et l'instinct seuls qui déterminent la hauteur de la vengeance, c'est un principe juridique qui s'impose à la volonté individuelle. Ce ne sont plus sept vies pour une vie ou soixante-dix-sept vies pour une vie. La pédagogie de Dieu est à l'œuvre pour libérer l'humanité de la haine ; évidemment, pour ressembler vraiment à Dieu, il y a encore du chemin à faire, mais c'est déjà une étape. Jésus, dans le sermon sur la montagne, propose de franchir la dernière étape : ressembler à notre Père des cieux, c'est s'interdire toute riposte, toute gifle, c'est tendre l'autre joue. «Vous avez appris qu'il a été dit 'Œil pour œil, dent pour dent', eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant, mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre». Pourquoi s'interdire désormais toute vengeance, toute haine ? Simplement pour devenir vraiment ce que nous sommes : les fils de notre Père qui est dans les cieux. 

 

Car, en fait, si on y regarde bien, ce texte est une leçon sur Dieu avant d'être une leçon pour nous : Jésus nous révèle qui est vraiment Dieu ; l'Ancien Testament avait déjà dit que Dieu est Père, qu'il est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour (Ex 34,6) et que nos larmes coulent sur sa joue, car il est tout proche ; cette dernière phrase est de Ben Sirac, vous vous souvenez (Si 35,18). Tout cela, l'Ancien Testament l'avait déjà dit ; mais nous avons la tête dure... et grand mal à croire à un Dieu qui ne soit qu'amour. Jésus le redit de manière imagée : «Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes ». Cette image, bien sûr, était plus parlante du temps de Jésus, dans une civilisation agraire où soleil et pluie sont tous deux accueillis comme des bénédictions. Mais l'image reste belle et, si je comprends bien, ce n'est pas une leçon de morale qui nous est donnée là : c'est beaucoup plus profond que cela. Dieu nous charge d'une mission, celle d'être ses reflets dans le monde : «Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.»

 

Si je comprends bien, croire que Dieu est amour n'est pas un chemin de facilité : cela va devenir au jour le jour extrêmement exigeant pour nous dans le registre du don et du pardon !

 

«Donne à qui te demande, ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter» : jusque-là, l'Ancien Testament avait cherché à développer l'amour du prochain, du frère de race et de religion, et même de l'immigré qui partageait le même toit. Cette fois Jésus abolit toutes les frontières : le sens de la phrase, c'est «Donne à quiconque te demande, ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter» (sous-entendu quel qu'il soit). Nous retrouverons cette exigence dans la parabole du Bon Samaritain (Lc 10,29-37). 

 

Tout cela nous paraît fou, déraisonnable, démesuré ; et pourtant c'est exactement comme cela que Dieu agit avec chacun de nous chaque jour, comme il n'a pas cessé de le faire pour son peuple.

 

Cela nous renvoie à tout ce que nous avons lu ces derniers dimanches dans la première lettre aux Corinthiens : Paul opposait nos raisonnements humains à la sagesse de Dieu : la raison raisonnante (et quelques amis bien intentionnés) nous poussent à ne pas nous «faire avoir» comme on dit. Jésus est dans une tout autre logique, celle de l'Esprit d'amour et de douceur. Elle seule peut hâter la venue du Royaume... à condition que nous n'oubliions pas ce que nous sommes : comme le dit Paul «N'oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous».

 

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 06:02

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Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile.

 


EVANGILE - Matthieu 5,17-37

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :17 «Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.18 Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise.19 Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.20 Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux.21 Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il en répondra au tribunal.22 Eh bien, moi je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu'un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu'un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu.23 Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,24 laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.25 Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison.26 Amen, je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.27 Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère.28 Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur.29 Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne.30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi :car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne.31 Il a été dit encore : Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation.32 Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée il est adultère.33 Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur.34 Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu35 ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi.36 Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.37 Quand vous dites «Oui» que ce soit un «oui», quand vous dites «non», que ce soit un «non». Tout ce qui est en plus vient du Mauvais.»

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Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Nous avons entendu là un des maîtres mots de Saint Matthieu : le mot «accomplir». Il vise ce grand projet que Paul appelle «le dessein bienveillant de Dieu» ; et si le mot est de Saint Paul, l'idée remonte beaucoup plus Loin que lui ; depuis Abraham, toute la Bible est tendue vers cet accomplissement. Le Chrétien, normalement, n'est pas tourné vers le passé, c'est quelqu'un qui est tendu vers l'avenir. Et il juge toutes les choses de ce monde en fonction de l'avancement des travaux, entendez l'avancement du Royaume». Quelqu'un disait : «La Messe du dimanche, c'est la réunion du chantier du Royaume» : le lieu où on fait le point sur l'avancement de la construction. 

 

Et réellement, le Royaume avance, lentement mais sûrement : c'est le cœur de notre foi. Bien sûr, cela ne se juge pas sur quelques dizaines d'années : il faut regarder sur la longue durée ; Dieu a choisi un peuple comme tous les autres : il s'est peu à peu révélé à lui et après coup, on est bien obligé de reconnaître qu'un énorme chemin a été parcouru. Dans la découverte de Dieu, d'abord, mais aussi dans la relation aux autres hommes ; les idéaux de justice, de liberté, de fraternité remplacent peu à peu la loi du plus fort et l'instinct de vengeance.

 

Ce lent travail de conversion du cœur de l'homme a été l'œuvre de la Loi donnée par Dieu à Moïse : les premiers commandements étaient de simples balises qui disaient le minimum vital en quelque sorte, pour que la vie en société soit simplement possible : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper... Et puis, au long des siècles on avait affiné la Loi, on l'avait précisée, au fur et à mesure que les exigences morales progressaient.

 

Jésus s'inscrit dans cette progression : il ne supprime pas les acquis précédents, il les affine encore : «On vous a dit... moi je vous dis...» Pas question de gommer les étapes précédentes, il s'agit d'en franchir une autre : «Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir». Première étape, tu ne tueras pas, deuxième étape, tu t'interdiras même la colère et tu iras jusqu'au pardon. Dans un autre domaine, première étape, tu ne commettras pas l'adultère en acte, deuxième étape, tu t'interdiras même d'y penser, et tu éduqueras ton regard à la pureté. Enfin, en matière de promesses, première étape, pas de faux serments, deuxième étape, pas de serments du tout, que toute parole de ta bouche soit vraie.

 

Aller plus loin, toujours plus loin dans l'amour, voilà la vraie sagesse ! Mais l'humanité a bien du mal à prendre ce chemin-là ! Pire encore, elle refuse bien souvent les valeurs de l'évangile et se croit sage en bâtissant sa vie sur de tout autres valeurs. Paul fustige souvent cette prétendue sagesse qui fait le malheur des hommes : «La sagesse de ceux qui dominent le monde et qui déjà se détruisent», lisions-nous dans la deuxième lecture. 

 

Dans chacun de ces domaines, Jésus nous invite à franchir une étape pour que le Royaume vienne. Curieusement, mais c'est bien conforme à toute la tradition biblique, ces commandements renouvelés de Jésus visent tous les relations avec les autres. Si on y réfléchit, ce n'est pas étonnant : si le dessein bienveillant de Dieu, comme dit saint Paul, c'est de nous réunir tous en Jésus-Christ, tout effort que nous tentons vers l'unité fraternelle contribue à l'accomplissement du projet de Dieu, c'est-à-dire à la venue de son Règne. Il ne suffit pas de dire «Que ton Règne vienne», Jésus vient de nous dire comment, petitement, mais sûrement, on peut y contribuer.

 

 

 

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 06:03

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Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile.

 

 


EVANGILE - Matthieu 5, 13-16

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :13 «Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.14 Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.15 Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.16 De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.»

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Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Tant mieux si une lampe est jolie, mais franchement, ce n'est pas le plus important ! Ce qu'on lui demande d'abord, c'est d'éclairer ; et d'ailleurs, si elle n'éclaire pas bien, si on n'y voit rien, comme on dit, on ne verra pas non plus qu'elle est jolie ! Quant au sel, sa vocation est de disparaître en remplissant son office : mais s'il manque, le plat sera moins bon. 

 

Je veux dire par là que sel et lumière n'existent pas pour eux-mêmes ; d'ailleurs, je remarque au passage, que Jésus leur dit «Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde » : ce qui compte, c'est la terre, c'est le monde ; le sel et la lumière ne comptent que par rapport à la terre et au monde ! En disant à ses disciples qu'ils sont le sel et la lumière, Jésus les met en situation missionnaire. Il leur dit : «Vous qui recevez mes paroles, vous devenez, par le fait même, sel et lumière pour ce monde : votre présence lui est indispensable». Ce qui revient à dire que l'Eglise n'existe que POUR le monde. Voilà qui nous remet à notre place, comme on dit ! Déjà la Bible avait répété au peuple d'Israël qu'il était le peuple élu, certes, mais au service du monde ; cette leçon-là reste valable pour nous.

 

Je reviens au sel et à la lumière : on peut se demander quel point commun il y a entre ces deux éléments, auxquels Jésus compare ses disciples. Réponse : ce sont des révélateurs ; le sel met en valeur la saveur des aliments, la lumière fait connaître la beauté des êtres et du monde. Les aliments existent avant de recevoir le sel ; les êtres, le monde existent avant d'être éclairés. Cela nous en dit long sur la mission que Jésus confie à ses disciples, à nous. Personne n'a besoin de nous pour exister, mais apparemment, nous avons un rôle spécifique à jouer.

 

Sel de la terre, nous sommes là pour révéler aux hommes la saveur de leur vie. Les hommes ne nous attendent pas pour vivre des gestes d'amour et de partage parfois magnifiques. Evangéliser, c'est dire «le Royaume est au milieu de vous, dans tout geste, toute parole d'amour» ; c'est là qu'ils nous attendent si j'ose dire : pour leur révéler le Nom de Celui qui agit à travers eux : puisque « là où il y a de l'amour, là est Dieu». 

 

Lumière du monde, nous sommes là pour mettre en valeur la beauté de ce monde : c'est le regard d'amour qui révèle le vrai visage des personnes et des choses. L'Esprit Saint nous a été donné précisément pour que nous puissions entrer en résonance avec tout geste ou parole qui vient de lui. 

 

Mais cela ne peut se faire que dans la discrétion et l'humilité. Trop de sel dénature le goût des aliments au lieu de le mettre en valeur. Une lumière trop forte écrase ce qu'elle veut éclairer. Pour être sel et lumière, il faut beaucoup aimer. 

 

Il suffit d'aimer, mais il faut vraiment aimer. C'est ce que les textes de ce jour nous répètent selon des modes d'expression différents mais de façon très cohérente. L'évangélisation n'est pas une conquête. La Nouvelle Evangélisation n'est pas une reconquête. L'annonce de la Bonne Nouvelle ne se fait que dans une présence d'amour. Rappelez-vous la mise en garde de Paul aux Corinthiens : il leur rappelle que seuls les pauvres et les humbles peuvent prêcher le Royaume. 

 

Cette présence d'amour peut être très exigeante si j'en crois la première lecture : le rapprochement entre le texte d'Isaïe et l'évangile est très suggestif. Etre la lumière du monde selon l'expression de l'évangile, c'est se mettre au service de nos frères ; et Isaïe est très concret : c'est partager le pain ou les vêtements, c'est faire tomber tous les obstacles qui empêchent les hommes d'être libres. 

 

Et le psaume de ce dimanche ne dit pas autre chose : «l'homme de bien», c'est-à-dire « celui qui partage ses richesses de toute sorte à pleines mains » est une lumière pour les autres. Parce qu'à travers ses paroles et ses gestes d'amour, les autres découvriront la source de tout amour : comme dit Jésus, «En voyant ce que les disciples font de bien, les hommes rendront gloire au Père qui est aux cieux.» c'est-à-dire qu'ils découvriront que le projet de Dieu sur les hommes est un projet de paix et de justice. 

 

A l'inverse, on peut se demander comment les hommes pourront croire au projet d'amour de Dieu tant que nous, qui sommes répertoriés comme ses ambassadeurs, nous ne multiplions pas les gestes de solidarité et de justice que notre société exige ; on peut penser d'ailleurs que le sel est sans cesse en danger de s'affadir : car il est tentant de laisser tomber dans l'oubli les paroles fortes du prophète Isaïe, celles que nous avons entendues dans la première lecture ; ce n'est peut-être pas un hasard, d'ailleurs, si l'Eglise nous les donne à entendre peu de temps avant l'ouverture du Carême, ce moment où nous nous demanderons de très bonne foi quel est le jeûne que Dieu préfère. 

 

Dernière remarque : cet évangile d'aujourd'hui (sur le sel et la lumière) suit immédiatement dans l'évangile de Matthieu la proclamation des Béatitudes : il y a donc certainement un lien entre les deux. Et nous pouvons probablement éclairer ces deux passages l'un par l'autre. Peut-être le meilleur moyen d'être sel et lumière pour le monde est-il tout simplement de développer chacun la Béatitude à laquelle nous sommes appelés ? Etre sel de la terre, être lumière du monde, c'est vivre selon l'esprit des Béatitudes, c'est-à-dire exactement à l'opposé de l'esprit du monde ; c'est accepter de vivre selon des valeurs d'humilité, de douceur, de pureté, de justice. C'est être artisans de paix en toute circonstance, et, plus important que tout peut-être, accepter d'être pauvres et démunis, en n'ayant en tête qu'un seul objectif : «qu'en voyant ce que les disciples font de bien, les hommes rendent gloire à notre Père qui est aux cieux.»

 

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Compléments

- D'après l'un des textes du Concile sur l'Eglise («Lumen Gentium»), la vraie lumière du monde, ce n'est pas nous, c'est Jésus-Christ.

- En disant à ses disciples qu'ils sont lumière, Jésus leur révèle ni plus ni moins que c'est Dieu lui même qui brille à travers eux, car, dans les écrits bibliques, comme dans le Concile, il est toujours bien précisé que toute lumière vient de Dieu. 

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 05:36

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Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile.


EVANGILE - Luc 2,22-40

22 Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, 23 selon ce qui est écrit dans la loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.24 Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles 'ou deux petites colombes.25 Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C'était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui.26 L'Esprit lui avait révélé qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Messie du Seigneur.27 Poussé par l'Esprit, Syméon vint au Temple. Les parents y entraient avec l'enfant Jésus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient.28 Syméon prit l'enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : 29 «Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole.30 Car mes yeux ont vu ton salut, 31 que tu as préparé à la face de tous les peuples : 32 lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple.»33 Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qu'on disait de lui.34 Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : «Vois, ton fils qui est là, provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division35 - Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. - Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre. »36 Il y avait là une femme qui était prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser.37 Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.38 S'approchant d'eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.39 Lorsqu'ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.40 L'enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce était sur lui.

 Présentation-de-Jésus-au-Temple-par-Isaac-Fanous

Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Voilà un récit minutieusement composé ! Vous avez remarqué comme moi la double insistance de Luc, sur la Loi d'abord, sur l'Esprit ensuite : dans les premiers versets (v. 22-24), il cite trois fois la Loi ; on peut dire que la vie de cet enfant débute sous le signe de la Loi ; entendons-nous bien, quand Luc cite la Loi d'Israël, il ne pense pas d'abord à une série de commandements écrits qui dictent ce qu'on doit faire ou ne pas faire... on peut ici remplacer le mot Loi par Foi d'Israël. La vie de Joseph et Marie, et désormais de l'enfant, est tout entière imprégnée de la foi et de l'attente de leur peuple ; et quand ils se présentent au Temple de Jérusalem pour satisfaire aux coutumes juives, c'est de leur part une démarche de ferveur. 

 

Premier message de Luc, donc, dans ce texte de la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem : c'est dans le cadre de la loi d'Israël que le salut de toute l'humanité a vu le jour... C'est dans le cadre de la Loi d'Israël que le Verbe de Dieu s'est incarné... en un mot, que le dessein bienveillant de Dieu pour l'humanité s'est accompli. 

 

Puis Syméon entre en scène, poussé par l'Esprit (lui aussi nommé trois fois) ; et c'est l'Esprit qui inspire à Syméon les paroles qui révèlent le mystère de ce petit garçon : «Mes yeux ont vu ton salut». 

 

Je reprends les phrases de Syméon une à une : «Mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples» : tout l'Ancien Testament est l'histoire de cette longue, patiente préparation par Dieu du salut de l'humanité. Et il s'agit bien du «salut de l'humanité» et pas seulement du peuple d'Israël : c'est très exactement ce que Syméon précise : «lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple». La gloire d'Israël, justement, c'est d'avoir été élu non pas pour lui seul, mais pour l'humanité tout entière. Au fur et à mesure que l'histoire avançait, l'Ancien Testament découvrait de plus en plus que le projet de salut de Dieu concerne toute l'humanité.

 

Et tout ceci se passe dans le Temple de Jérusalem ; bien sûr, c'est capital aux yeux de Luc : nous assistons déjà à l'entrée glorieuse de Jésus, Seigneur et Sauveur, dans le Temple de Jérusalem, comme l'avait annoncé le prophète Malachie : (voici les paroles de Malachie, qui sont notre première lecture de cette fête) «Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j'envoie mon Messager pour qu'il prépare le chemin devant moi ; et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez... l'Ange de l'Alliance que vous désirez, le voici qui vient, dit le Seigneur de l'univers».

 

Luc reconnaît bien en Jésus l'Ange de l'Alliance qui vient dans son Temple: les phrases de Syméon sur la gloire et la lumière sont tout-à-fait dans cette ligne : «Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple.»

 

Autre résonance de l'évangile d'aujourd'hui dans l'Ancien Testament : «Qu'il entre le roi de gloire ! Elevez-vous, portes éternelles...» chantait le psaume, qui attendait un Messie-roi descendant de David ; et nous savons que le roi de gloire, c'est cet enfant ; bien sûr, pour un nouveau-né, les portes éternelles n'ont pas besoin d'être bien hautes, mais Luc nous décrit quand même une scène majestueuse, une scène de gloire : toute la longue attente d'Israël est représentée par ces deux personnages, Syméon et Anne. «Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C'était un homme juste et religieux qui attendait la Consolation d'Israël» ; quant à Anne, on peut penser que si «elle parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem», c'était parce qu'elle était pleine d'impatience, elle aussi. 

 

Cette attente, c'est celle du Messie. Quand Syméon proclame «Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples ; lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple», il affirme bien que cet enfant est le Messie, le reflet de la gloire de Dieu. Avec Jésus, c'est la Gloire de Dieu qui entre dans le Sanctuaire ; ce qui revient à dire que Jésus est la Gloire, qu'il est Dieu lui-même. 

 

Désormais le temps de la Loi est révolu. L'Ange de l'Alliance est entré dans son Temple pour répandre l'Esprit sur toute chair, et éclairer les nations païennes.

 

 

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 14:13

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Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile.

 


EVANGILE - Matthieu 4,12-23

Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe :  Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée.

A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer :

«Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.»

Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : «Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.» Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.

Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.


 Jesus_calls_Fishermen2.jpg

 

Commentaire de Marie Noelle Thabut :

 

Nous sommes au chapitre 4 de l'évangile de Matthieu ; vous vous souvenez des trois premiers chapitres : d'abord une longue généalogie qui resitue Jésus dans l'histoire de son peuple, et en particulier dans la descendance de David ; ensuite l'annonce faite à Joseph par l'ange du Seigneur «Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d'Emmanuel, ce qui se traduit Dieu avec nous» : c'était une citation d'Isaïe ; et il précisait «Tout cela arriva pour que s'accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le prophète» manière de nous dire «enfin les promesses sont accomplies, enfin le Messie tant attendu est là».

 

Et tous les épisodes suivants redisent ce message d'accomplissement, chacun à leur manière : la visite des mages, la fuite en Egypte, le massacre des enfants de Bethléem, le retour d'Egypte et l'installation de Joseph, Marie et l'enfant Jésus en Galilée, à Nazareth... la prédication de Jean-Baptiste, le baptême de Jésus et enfin le récit des Tentations de Jésus ; tous ces récits fourmillent de citations explicites des Ecritures et d'une multitude d'allusions bibliques.

 

Et nous voilà tout préparés à entendre le texte d'aujourd'hui ; lui aussi est truffé d'allusions et dès le début, d'ailleurs, Matthieu cite le prophète Isaïe pour bien montrer les enjeux de l'installation de Jésus à Capharnaüm. 

 

La ville de Capharnaüm est en Galilée, au bord du lac de Tibériade, tout le monde le sait ; pourquoi Saint Matthieu éprouve-t-il le besoin de préciser qu'elle est située dans les territoires de Zabulon et de Nephtali ? Ces deux noms des anciennes tribus d'Israël ne faisaient pas partie du langage courant, c'étaient des noms du passé ! Et d'ailleurs, pourquoi lier les deux noms «Zabulon et Nephtali» ? Quand on lit au livre de Josué la description du territoire de ces tribus, on voit bien qu'au moment du partage de la Palestine entre les tribus, le principe a justement été de bien délimiter le territoire de chaque tribu ; une même ville n'appartient pas à deux tribus à la fois ; cela prouve que les préoccupations de Saint Matthieu ne sont pas d'ordre géographique. 

 

Il veut rappeler à ses auditeurs une fameuse promesse d'Isaïe : «Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la Galilée, carrefour des païens.» (Is 8,23). (Au moment de l'expansion assyrienne, au huitième siècle, ces deux tribus dont les territoires étaient limitrophes, avaient ceci de commun qu'elles avaient été annexées en même temps.) Et le prophète continuait : «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre une lumière a resplendi.» Cette formule était employée lors de la cérémonie du sacre d'un nouveau roi : son avènement, tel la promesse d'une ère nouvelle, était comparé à un lever de soleil. 

 

En évoquant cette prophétie, Matthieu applique à l'arrivée de Jésus en Galilée ces phrases rituelles du sacre : manière de nous dire que le vrai roi du monde est venu habiter chez nous. Oui, enfin la lumière s'est levée sur Israël et sur l'humanité tout entière ; la Galilée, carrefour des nations, comme on disait, est la porte ouverte sur le monde : à partir d'elle, le salut de Dieu apporté par le Messie rayonnera sur toutes les nations. 

 

En même temps, Matthieu annonce déjà en quelques mots le déroulement des événements qui vont suivre ; en racontant le départ de Jésus vers la Galilée, après l'arrestation de Jean-Baptiste, Matthieu nous montre bien deux choses : premièrement que toute la vie du Christ est sous le signe de la persécution... mais deuxièmement aussi la victoire finale sur le mal : Jésus fuit la persécution, c'est vrai, mais ce faisant, il porte plus loin la Bonne Nouvelle : du mal, Dieu fait surgir un bien... la fin de l'Evangile nous montrera que de la souffrance et de la mort, Dieu fait surgir la Vie. 

 

Voici Jésus à Capharnaüm et Matthieu emploie une formule apparemment banale «A partir de ce moment» ; or si on regarde bien, il ne l'emploie qu'une seule autre fois, bien plus tard, au chapitre 16 : ce n'est pas un hasard ; les deux fois, il s'agit d'un grand tournant ; ici «A partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : Convertissez-vous, le Règne des cieux s'est approché» ; au chapitre 16, ce sera «A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands-prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter».

 

Effectivement, dans l'épisode d'aujourd'hui, qui nous relate le début de la vie publique de Jésus, nous sommes à un grand tournant ; avec l'effacement de Jean-Baptiste et le début de la prédication de Jésus, l'humanité a franchi une étape décisive : du temps de la promesse nous sommes passés au temps de l'accomplissement. 

 

Et désormais, le Royaume est là, parmi nous, non seulement en paroles mais en actes : car la finale du texte d'aujourd'hui est tout un programme : «Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple». 

 

La prophétie d'Isaïe que nous avons lue en première lecture trouve ici sa pleine réalisation et Saint Matthieu le souligne puissamment. Jésus proclame : «Le Royaume de Dieu est là !» 

 

Immédiatement il annonce que, pour faire connaître cette Bonne Nouvelle, il compte sur des témoins, des hommes qu'il choisit pour être ses collaborateurs. La démarche est significative ; Jésus ne se lance pas seul dans l'accomplissement de sa mission : il fait à des hommes ordinaires l'honneur d'y être associés. Ces collaborateurs qu'il choisit parmi des hommes dont le métier est la pêche, il les nomme pêcheurs d'hommes : tirer des hommes de la mer, c'est les empêcher de se noyer ; c'est les sauver. 

 

Jésus associe les apôtres à sa mission de Sauveur.

 

 

 

 

 

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 14:27

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      Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile !

 


EVANGILE - Matthieu 3,13-17

13 Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. 14 Jean voulait l'en empêcher et disait : «C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi !» 15 Mais Jésus lui répondit : «Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.» Alors Jean le laisse faire.16 Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et des cieux, une voix disait : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour.»

 bapteme du Seigneur

 

Commentaire de Marie Noëlle Thabut :

Le Baptême de Jésus est sa première manifestation publique : il n'est encore, à son arrivée au bord du Jourdain, (pour beaucoup à l'exception de quelques-uns) que Jésus de Nazareth, et Matthieu l'appelle seulement Jésus : «Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.» Son Baptême sera le premier dévoilement aux yeux de tous de ce qu'il est réellement.

 

La scène est très courte, mais chaque mot, chaque image compte. Je commence par les images. Il y en a trois : la marche de Jésus depuis la Galilée et jusqu'aux rives du Jourdain, un peu au nord de la Mer Morte. Jésus accomplit la même démarche que beaucoup des membres de son peuple : Matthieu raconte que les gens de «Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à Jean-Baptiste et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.»

 

La deuxième image nous montre le geste de recul de Jean-Baptiste ; et le dialogue s'instaure entre les deux hommes ; Jean finit par s'incliner devant l'insistance du nouveau-venu. Alors on voit Jésus descendre dans le Jourdain pour y être baptisé.

 

Puis c'est la dernière scène, grandiose : les cieux s'ouvrent, une colombe vient se poser sur le nouveau baptisé. Pour commencer, lorsque les cieux s'ouvrent, on comprend que la grande attente d'Israël est enfin comblée. Cette grande attente, Isaïe l'exprimait ainsi : «Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais... pour faire connaître ton Nom à tes adversaires...» (Is 63,19-64,1). Quant à la colombe, pour un Juif, elle représente évidemment l'esprit de Dieu, celui qui planait sur les eaux de la Création, celui qui devait un jour reposer sur le Messie lorsqu'il viendrait enfin pour sauver son peuple et l'humanité tout entière. L'apôtre Pierre le rappellera dans son discours chez Corneille (que nous lisons en deuxième lecture ce dimanche) : «Vous savez ce qui s'est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu l'a consacré par l'Esprit Saint». (Actes 10,37-38).

 

Quant aux paroles, il y en a trois également. Tout d'abord, le refus de Jean-Baptiste : «C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi !» Il semble bien que Jean-Baptiste, lui, ait tout de suite compris qui était Jésus. Il reconnaît en lui celui dont il a dit : «Moi, je vous baptise dans l'eau pour vous amener à la conversion. Mais celui qui est derrière moi est plus fort que moi et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu.» (Mt 3,11).

 

La deuxième parole, c'est la réponse de Jésus : «Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.» 

 

Alors Jean-Baptiste se laisse convaincre. Lui aussi veut de tout son coeur être accordé au projet de Dieu. Sa première réaction était empreinte d'humilité, mais elle exprimait les vues humaines. Une question analogue, d'ailleurs, nous brûle les lèvres : pourquoi donc Jésus a-t-il choisi de demander le baptême de Jean-Baptiste ? Pourquoi se mettre en quelque sorte à l'école d'un autre ? Pourquoi, surtout, prendre place au rang des pécheurs ? 

 

Jésus, lui, dit les vues de Dieu. «Ce qui est juste», dans l'Ancien Testament, c'est ce qui est conforme au projet de Dieu, aux pensées de Dieu. Jean-Baptiste voulait distinguer Jésus du reste des hommes. Mais ce ne sont pas les vues de Dieu. Le mystère de l'Incarnation, c'est cela précisément : Jésus vient s'intégrer complètement à l'humanité. L'étonnement de Jean-Baptiste dit assez la singularité de Jésus ; homme parmi les hommes, il n'est pourtant pas comme les autres : lui, le non-pécheur, va prendre la tête des pécheurs.

 

La troisième parole, c'est celle de Dieu lui-même : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour.» Pour percevoir la richesse de cette phrase apparemment si simple, il faut la décomposer. L'expression «Celui-ci est mon Fils» désigne aussitôt Jésus comme le Messie-roi que la majorité des Juifs attendaient en Israël. Car le titre de «fils de Dieu» était appliqué à chaque roi le jour de son sacre. De la part de Dieu, le prophète disait au nouveau souverain : «Tu es mon fils, aujourd'hui, je t'ai engendré» en souvenir de la promesse adressée jadis au roi David par le prophète Nathan : «Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils» (2 S 7,14). Appliquer ce titre de «fils de Dieu» à Jésus, fils du charpentier de Nazareth, c'était donc proclamer que, malgré toutes les apparences, le vrai roi-Messie qu'on attendait, c'était lui.

 

La fin de la phrase dit tout autre chose : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour.» Cette expression est la reprise d'une prophétie d'Isaïe qui disait de la part de Dieu : «Voici mon serviteur Jacob que je soutiens, mon élu Israël en qui j'ai mis toute ma joie. J'ai fait reposer sur lui mon esprit». Et la suite du texte énonçait la mission de ce serviteur, c'était exactement celle du Messie. (Nous avons entendu cela dans la première lecture de ce dimanche).

 

A la figure de Messie-roi, s'ajoute donc celle de Messie-serviteur : une fois de plus, on est frappés de l'insistance du Nouveau Testament sur ce thème. Il faut dire que Jésus a dérouté nombre de ses contemporains : il ressemblait si peu à l'idée que l'on se faisait du Messie. La figure du Serviteur d'Isaïe a été pour eux l'un des grands textes qui ont nourri leur méditation ; on en trouve des traces et des allusions dans de nombreux textes du Nouveau Testament.

 

A la suite de cette annonce d'Isaïe, certains Juifs avaient compris que le Messie ne serait pas un individu isolé mais un peuple. Alors on comprend mieux pourquoi Jésus ne craint pas de prendre place dans la file de ses frères juifs qui s'approchent de Jean-Baptiste pour demander le Baptême. Serviteur annoncé par Isaïe, Jésus n'est pas un Messie solitaire : déjà là, dès le début de sa vie publique, il se veut solidaire. Par notre Baptême, à notre tour, nous sommes intégrés au Corps du Christ en train de se construire.

 

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Compléments

Après avoir entendu la voix qui déclare : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour», nous comprenons mieux la présence de la colombe qui symbolise l'Esprit Saint : nous venons d'assister au sacre du Messie.

 

La présence de l'Esprit sur les eaux du Baptême dit bien qu'il s'agit d'une nouvelle création ; et ces eaux ne sont pas n'importe lesquelles : dans le Jourdain, Jésus est le nouveau Josué qui mène son peuple vers la vraie Terre promise, celle qu'habite l'Esprit.

 

Matthieu nous offre ici une magnifique représentation de la Trinité : Jésus est déclaré «Fils», l'Esprit est reconnu sous la forme de la colombe, et le Père invisible mais présent se manifeste par sa Parole : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour.» «Il vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu» avait prédit Jean-Baptiste : par notre Baptême, c'est dans le feu de l'amour trinitaire que tous, nous sommes réellement plongés.

 

 

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 18:58

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      Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile !

 


EVANGILE - Matthieu 1,18-24

18 Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l'action de l'Esprit Saint. 19 Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. 20 Il avait formé ce projet, lorsque l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : «Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; 21 elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : «le Seigneur sauve»), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.» 22 Tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : 23 «Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous». 24 Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

 

 

Commentaire de Marie Noëlle Thabut :

 

Saint Matthieu débute son évangile par la phrase «Livre de la genèse de Jésus-Christ» et il retrace une longue généalogie qui montre bien que Joseph est de la descendance de David ; il commence par «Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères...» et ainsi de suite. Arrivé à Joseph qui se trouve être fils d'un autre Jacob, il dit comme on s'y attend «Jacob engendra Joseph», mais ensuite, il ne peut plus employer la même formule : il ne peut évidemment pas dire «Joseph engendra Jésus» ; il dit «Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l'on appelle Christ».

 

Ce verset montre bien la rupture dans la généalogie : selon la formule habituelle («Joseph engendra Jésus») celui-ci serait automatiquement de la lignée de David ; mais ici, pour que Jésus soit inscrit dans cette lignée, il faut qu'il soit adopté par Joseph : déjà le Fils de Dieu est livré aux mains des hommes, le dessein de Dieu est suspendu à l'acceptation, au bon vouloir d'un homme, Joseph. C'est dire l'importance de notre récit pour Matthieu.

 

Or nous connaissons bien le récit de l'Annonciation (dans l'évangile de Luc), «l'annonce faite à Marie» comme disait Claudel ; il a inspiré d'innombrables tableaux, sculptures, vitraux... Mais curieusement, l'annonce faite par l'ange à Joseph a inspiré des artistes beaucoup moins nombreux. 

 

Et pourtant, cette acceptation libre d'un homme juste conditionne le début de l'histoire humaine de Jésus. Matthieu y insiste encore : quand l'Ange s'adresse à Joseph, il l'appelle «fils de David» ; les paroles qui suivent montrent bien le mystère de la filiation de Jésus : engendré par l'Esprit-Saint et non par Joseph, il sera cependant reconnu comme son fils : «Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse» veut dire que Jésus sera introduit dans sa maison ; et d'autre part, c'est Joseph qui donnera à Jésus son nom. 

 

A propos de ce nom de Jésus, Matthieu en donne le sens, «Jésus veut dire le Seigneur sauve» et il explique «Car c'est lui qui sauvera le peuple de ses péchés». Précision intéressante : le peuple juif attendait impatiemment le Messie et pas seulement un Messie politique qui le libérerait de l'occupation romaine. Nous avons déjà eu l'occasion de parler de cette attente messianique : on attendait un roi, un leader politique, c'est vrai, de la descendance de David, et c'est lui qui devait restaurer la royauté en Israël, mais on attendait aussi et surtout l'avènement du monde nouveau, de la création nouvelle, dans la justice et la paix pour tous. Il y a tout cela dans le nom de Jésus tel que Matthieu le comprend «c'est lui qui sauvera le peuple de ses péchés». 

 

Je reviens sur la phrase «l'enfant qui est engendré en Marie vient de l'Esprit-Saint» : nous possédons deux textes sur la conception virginale de Jésus : ce passage de l'annonce à Joseph dans l'évangile de Matthieu et le parallèle de l'annonce à Marie chez Luc. La tradition de l'Eglise nous enseigne que les Ecritures, y compris le Nouveau Testament, sont inspirées par l'Esprit-Saint. La conception virginale de Jésus est donc un article de foi. Bien évidemment, il ne s'agit pas de prétendre comprendre ni le pourquoi ni le comment de cette volonté souveraine de Dieu ; nous pouvons seulement nous émerveiller de ce plan qui fait de Jésus à la fois un homme, né d'une femme, venu au monde comme tout le monde si j'ose dire... descendant de David par le bon vouloir de Joseph, et en même temps Fils Unique de Dieu, conçu de l'Esprit-Saint. 

 

Je reprends le texte : Matthieu cite les Ecritures, et justement la promesse du prophète Isaïe à Achaz que nous avons entendue dans la première lecture : «Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d'Emmanuel qui signifie Dieu-avec-nous». 

 

Deux remarques sur cette citation de l'Ancien Testament par Matthieu : premièrement, le texte hébreu d'Isaïe disait «Voici que la jeune femme est enceinte» (En hébreu «alma» signifie l'épouse royale) et Matthieu, lui, parle d'une vierge (en grec, «parthenos»). En fait, Matthieu cite ici non le texte hébreu d'Isaïe mais la traduction grecque faite à Alexandrie vers 250 av. J.C. ; car déjà à l'époque de cette traduction, on pensait que le Messie naîtrait d'une Vierge.

 

Deuxième remarque sur le nom de Jésus, cette fois : l'ange dit : «Tu appelleras ton fils Jésus (c'est-à-dire : «le Seigneur sauve»), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.» Et Matthieu commente : Tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du Seigneur ... on lui donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : «Dieu-avec-nous». 

 

On a presque envie de demander : «Finalement, il s'appelle comment ? Jésus ? Ou Emmanuel ? Bien évidemment c'est le but de Matthieu ; et la réponse, il nous la donnera à la fin de son évangile. Cet enfant s'est appelé Jésus, nous le savons bien, (et cela veut dire «le Seigneur sauve son peuple de ses péchés») mais quand il quittera les siens il leur dira «Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps», ce qui est la traduction d'Emmanuel. Etre sauvé de ses péchés, c'est tout simplement savoir que Dieu est avec nous, ne plus jamais douter qu'il est avec nous et «vivre en sa présence» comme le disait le prophète Michée. C'est ce qu'a fait Joseph justement.

 

Dans le récit de la Visitation qui nous est rapporté par l'évangile de Luc, Elisabeth dit à Marie «Bienheureuse celle qui a cru ; ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s'accomplira». Ici, on est tenté de reprendre ces mêmes mots pour Joseph : «Bienheureux Joseph qui a cru : grâce à lui, Dieu a pu accomplir son dessein de salut». 

 

Dans son premier chapitre, Matthieu, parlant des origines de Jésus Christ, emploie deux fois le mot «genèse» (Mt 1,1.18). Ce n'est évidemment pas un hasard : car c'est le mot employé pour présenter la descendance d'Adam au chapitre 5 du livre de la Genèse. Le texte disait : «Voici le livre de la genèse d'Adam» ; en reprenant le même mot, Matthieu veut certainement suggérer que Jésus récapitule en lui toute l'histoire humaine. Paul dirait «il est le Nouvel Adam».

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 20:44

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      Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

en l'église d'Etival les Le Mans vendredi 9 novembre 2013 à 17h15

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile !

 


EVANGILE - Luc 20,27-38

Des Sadducéens - ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de résurrection - vinrent trouver Jésus, et ils l'interrogèrent : «Maître, Moïse nous a donné cette loi : si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu'il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d'enfant. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l'épouse, puisque les sept l'ont eue pour femme ?» Jésus répond : «Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, 36 car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection. Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : Le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob. Il n'est pas le Dieu des morts mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui.»

 

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Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Quand un problème n'a pas de solution, c'est qu'il est mal posé. Et là vraiment le problème posé par les «Sadducéens» semble bien insoluble ; on a envie de dire «cherchez l'erreur». L'erreur, ce serait de vouloir tendre un piège à Jésus, d'abord. Ce n'est certainement pas le meilleur moyen de découvrir la Parole de Dieu, puisqu'il est la Parole faite chair ; mais peut-être les Sadducéens ne cherchent-ils pas à tendre un piège à Jésus ? Peut-être ne sont-ils pas mal intentionnés ? Leur question nous paraît un peu artificielle aujourd'hui, mais elle ressemble aux discussions interminables qu'on développait dans les écoles de théologie. C'est un cas d'école un peu poussé sur un sujet qui était à l'ordre du jour. 

 

Encore faut-il se rappeler qu'au temps du Christ, la foi en la Résurrection était toute neuve ; elle n'était pas encore partagée par tout le monde. Les Pharisiens y croyaient fermement ; pour eux c'était une évidence que le Dieu de la vie n'abandonnerait pas ses fidèles à la mort. Mais on pouvait très bien être un bon Juif sans croire à la résurrection de la chair. C'était le cas des Sadducéens. Pour justifier leur refus de la résurrection, ils cherchent à démontrer qu'une telle croyance conduit à des situations ridicules : leur logique est imparable ; une femme ne peut pas avoir sept maris à la fois, on est tous d'accord ; si vous croyez à la résurrection, disent-ils à Jésus, c'est pourtant ce qui va se passer : elle a eu sept maris successifs, qui sont morts les uns après les autres ; mais si tous ressuscitent, vous voyez à quoi cela mène ! 

 

L'erreur, Jésus va le leur dire, c'est de chercher nos articles de foi dans nos raisonnements ; Isaïe l'a dit depuis longtemps : «Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, et ses chemins ne sont pas nos chemins» (Is 55,8). Jésus au contraire appuie sa foi uniquement sur l'Ecriture : chaque fois qu'une question lui est posée, il cherche sa réponse dans l'Ecriture. Depuis le récit des tentations jusqu'à la rencontre des disciples d'Emmaüs, sa seule référence est l'Ecriture ; c'est à partir d'elle qu'il ouvre l'intelligence de ses auditeurs ; il l'avait bien dit au tentateur «l'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de la parole de Dieu». Ici, il dit en quelque sorte : ne nourrissez pas votre foi de raisonnements et de discussions mais de la Parole de Dieu. 

 

Ici, sa référence à l'Ecriture, il la prend dans les paroles de Moïse : tout comme ses interlocuteurs d'ailleurs ; les Sadducéens commencent en disant : «Moïse nous a donné une loi.» Mais ils se servent de l'Ecriture, ils l'utilisent pour prouver ce dont ils sont déjà persuadés par ailleurs. Ils utilisent l'Ecriture, ils ne se mettent pas à son école ; ils citent l'Ecriture au lieu de la scruter. Jésus au contraire cherche dans l'Ecriture quelle révélation elle nous apporte sur Dieu ; or Moïse l'a bien dit : dans le buisson ardent (Ex 3) Dieu s'est révélé à lui comme le Dieu de nos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob : Dieu ne peut pas être Dieu pour un temps seulement ; la mort ne peut pas faire échec aux engagements qu'il a pris envers les Patriarches, Abraham, Isaac, Jacob, et leurs descendants. Son Alliance traverse la mort : il noue avec chacun de nous et nous tous ensemble un lien d'amour que rien ne pourra détruire. Or, au-delà de la mort, comme dit Saint Jean «nous lui serons semblables» (1 Jn). Pour l'instant, «Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement»... Mais alors, nous serons enfin à son image des vivants, des aimants. 

 

Une autre erreur est de parler de cette résurrection, de la vie dans l'au-delà comme si c'était la pure continuation de l'ici-bas. La réponse de Jésus montre bien au contraire qu'il y a une rupture complète entre notre vie actuelle et la vie des ressuscités : les enfants de ce monde se marient, c'est entendu ; mais les ressuscités ne se marient pas. Ils ne sont pas des anges (lisons bien le texte) mais ils sont «comme des anges», c'est-à-dire qu'ils ont un point commun avec les anges : ce point commun, justement, c'est qu'ils ne peuvent plus mourir ; la mort n'a plus sur eux aucun pouvoir ; désormais ils sont «fils de Dieu», c'est-à-dire qu'ils sont vivants de la vie de Dieu. Dans leur question, les Sadducéens avaient lié le mariage à la reproduction : si cette femme avait été épousée par tous ses beaux-frères, c'est parce qu'elle n'avait pas pu être mère ; Jésus leur répond : votre problème est désormais sans objet ; dans le monde à venir tout est différent : il n'est plus question de mort et il n'est plus question de reproduction ; mais les Sadducéens avaient oublié que le mariage est aussi et d'abord une affaire d'amour : nos amours humaines, d'ici-bas, ne peuvent pas mourir : elles sont l'image de Dieu, elles sont ce qui en nous est à l'image de Dieu ; elles traversent la mort ; nous les retrouverons transfigurées sur l'autre rive. 

 

Comme dit saint Augustin : «On ne peut perdre celui qu'on aime si on l'aime en Celui qu'on ne peut perdre.»

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 08:32

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      Rencontre de la Cellule Missionnaire Vincentienne

en l'église d'Etival les Le Mans vendredi 25 octobre 2013 à 17h15

Que chacun se sente invité par le Seigneur

et prenne le temps de méditer l'Evangile !


EVANGILE - Luc 18,9-14

9 Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : 10 «Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien et l'autre, publicain. 11 Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. 12 Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.13 Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine en disant : Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !14 Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé.»

 

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Commentaire de Marie Noelle Thabut :

Une petite remarque préliminaire avant d'entrer dans le texte : Luc nous a bien dit qu'il s'agit d'une parabole... n'imaginons donc pas tous les pharisiens ni tous les publicains du temps de Jésus comme ceux qu'il nous présente ici ; aucun pharisien, aucun publicain ne correspondait exactement à ce signalement ; Jésus, en fait, nous décrit deux attitudes différentes, très typées, schématisées, pour faire ressortir la morale de l'histoire ; et il veut nous faire réfléchir sur notre propre attitude : nous allons découvrir probablement que nous adoptons l'une ou l'autre suivant les jours. 

 

Venons-en à la parabole elle-même : dimanche dernier, Luc nous avait déjà donné un enseignement sur la prière ; la parabole de la veuve affrontée à un juge cynique nous apprenait qu'il faut prier sans jamais nous décourager ; aujourd'hui, c'est un publicain qui nous est donné en exemple ; quel rapport, dira-t-on, entre un publicain, riche probablement, et une veuve pauvre ? Ce n'est certainement pas le compte en banque qui est en question ici, ce sont les dispositions du cœur : la veuve est pauvre et elle est obligée de s'abaisser à quémander auprès du juge qui s'en moque éperdument ; le publicain, lui, en a peut-être plein les poches, mais sa mauvaise réputation est une autre sorte de pauvreté. 

 

Les publicains étaient mal vus et pour certains d'entre eux, au moins, il y avait de quoi : n'oublions pas qu'on était en période d'occupation ; les publicains étaient au service de l'occupant : c'étaient des «collaborateurs» ; de plus, ils servaient le pouvoir romain sur un point très sensible chez tous les citoyens du monde, et à toutes les époques : les impôts. Le pouvoir romain fixait la somme qu'il exigeait et les publicains la versaient d'avance ; ensuite, ils avaient pleins pouvoirs pour se rembourser sur leurs concitoyens... les mauvaises langues prétendaient qu'ils se remboursaient plus que largement. Quand Zachée promettra à Jésus de rembourser au quadruple ceux qu'il a lésés, c'est clair ! Donc quand le publicain, dans sa prière, n'ose même pas lever les yeux au ciel et se frappe la poitrine en disant « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » il ne dit peut-être que la stricte vérité. Apparemment, ne dire que la stricte vérité, être simplement vrai devant Dieu, c'est cela et cela seulement qui nous est demandé. Etre vrai devant Dieu, reconnaître notre précarité, voilà la vraie prière. Quand il repartit chez lui, «il était devenu juste», nous dit Jésus.

 

Les pharisiens, au contraire, méritaient largement leur bonne réputation : leur fidélité scrupuleuse à la Loi, leur ascèse pour certains (jeûner deux fois par semaine, ce n'est pas rien et la Loi n'en demandait pas tant !), la pratique régulière de l'aumône traduisaient assez leur désir de plaire à Dieu. Et tout ce que le pharisien de la parabole dit dans sa prière est certainement vrai : il n'invente rien ; seulement voilà, en fait, ce n'est pas une prière : c'est une contemplation de lui-même, et une contemplation satisfaite ; il n'a besoin de rien, il ne prie pas, il se regarde. Il fait le compte de ses mérites et il en a beaucoup. Or nous avons souvent découvert dans la Bible que Dieu ne raisonne pas comme nous en termes de mérites : son amour est totalement gratuit. Il suffit que nous attendions tout de lui.

 

On peut imaginer un journaliste à la sortie du Temple avec un micro à la main ; il demande à chacun des deux ses impressions : Monsieur le publicain, vous attendiez quelque chose de Dieu en venant au Temple ? - OUI... - Vous avez reçu ce que vous attendiez ? - Oui et plus encore- répondra le publicain. - Et vous Monsieur le Pharisien ? - Non je n'ai rien reçu.-... Un petit silence et le pharisien ajoute : Mais... je n'attendais rien non plus.

 

La dernière phrase du texte dit quelque chose du même ordre : «Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé» : il ne faut sûrement pas déduire de cette phrase que Jésus veuille nous présenter Dieu comme le distributeur de bons ou de mauvais points, le surveillant général de notre enfance, dont on avait tout avantage à être bien vu. Ici, tout simplement, Jésus fait un constat, mais un constat très profond : il nous révèle une vérité très importante de notre vie. S'élever, c'est se croire plus grand qu'on est ; dans cette parabole, c'est le cas du pharisien : et il se voit en toute bonne foi comme quelqu'un de très bien ; cela lui permet de regarder de haut tous les autres, et en particulier ce publicain peu recommandable. Luc le dit bien : « Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres ». Cela peut nous arriver à tous, mais justement, c'est là l'erreur : celui qui s'élève, qui se croit supérieur, perd toute chance de profiter de la richesse des autres ; vis à vis de Dieu, aussi, son cœur est fermé : Dieu ne forcera pas la porte, il respecte trop notre liberté ; et donc nous repartirons comme nous sommes venus, avec notre justice à nous qui n'a apparemment rien à voir avec celle de Dieu. Cela veut dire que le mépris pour les autres, quels qu'ils soient, nous met en grand danger !

 

S'abaisser, c'est se reconnaître tout petit, ce qui n'est que la pure vérité, et donc trouver les autres supérieurs ; Paul dit dans l'une de ses lettres « considérez tous les autres comme supérieurs à vous-mêmes » ; c'est vrai, sans chercher bien loin, tous ceux que nous rencontrons ont une supériorité sur nous, au moins sur un point... et si nous cherchons un peu, nous découvrons bien d'autres points. Et nous voilà capables de nous émerveiller de leur richesse et de puiser dedans ; vis-à-vis de Dieu, aussi, notre cœur s'ouvre et Il peut nous combler. Pas besoin d'être complexés : si on se sait tout petit, pas brillant, c'est là que la grande aventure avec Dieu peut commencer. Au fond, cette parabole est une superbe mise en images de la première béatitude : «Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux».

 

 

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Q.C.M.

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Un jeu de connaissances auquel les téléspectateurs de toutes générations peuvent participer. Trois candidats viennent chaque semaine tenter de se qualifier pour la finale du mois. Ecriture, Histoire de l'Eglise, saints et témoins de la foi...l'occasion en cette année de la foi de tester - et d'enrichir ! - ses connaissances, en s'amusant, sous la conduite souriante de Charlie Clarck.

 

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Option préférentielle

Aux yeux de l'Eglise, l'"option préférentielle pour les pauvres" n'est pas un simple slogan.
C'est un impératif évangélique auquel j'ai essayé de me conformer tout au long de ma vie et de mes missions.
[...] Il est difficile de parler des pauvres -et aux pauvres- si l'on ne se solidarise pas avec leur vie.

Cardinal Roger Etchegaray
J'ai senti battre le coeur du monde
p. 216